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|| Toutes identités confondues

Guinée, États-Unis, France : les trois vies d’Abdel Camara

Par et Alexia Sena

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Naissance guinéenne (Conakry), éducation aux États-Unis et déménagement en France, Abdel est à la fois noir, guinéen, américain, bientôt français peut-être, et aussi, musulman.
C’est dire s’il en connait un rayon sur ce que signifie "être noir" dans ce monde.

Pourquoi deux podcasts ?

Vous l'avez compris, dans cet épisode, deux podcasts sont à écouter.

Le premier est le témoignage d'Abdel Camara. Quarante-cinq minutes durant lesquelles il prend le temps de raconter son histoire, qui a commencé il y a plus de 30 ans en Guinée, s'est poursuivi aux États-Unis et qui continue aujourd'hui en France.

Dans le deuxième podcast, c'est cette fois Maboula Soumahoro qui a le temps de s'exprimer. Maboula Soumahoro est docteure en civilisations du monde anglophone, spécialiste en études africaines-américaines et de la diaspora noire. On a écouté avec elle le témoignage d'Abdel. Entres récits personnels et analyse du discours, un entretien passionnant et éclairant.

À 14 ans, Abdel arrive aux États-Unis et s’installe à Marietta, une petite ville d’Atlanta. Il se souvient encore de son premier jour, à la cafétéria du lycée : déconcerté, il observe les groupes de jeunes assis en groupes à des tables assignées. Pourtant, Abdel ne se voit pas entrer dans les cases données. Il est noir ; mais noir africain et n’a rien malgré les apparences, ni dans son parler ni sa façon de s’habiller, d’un noir américain à ce moment-là. 

“Personne ne voulait être africain, et personne d’origine africaine ne mentionnait l’être. Et moi je me disais guinéen quand je suis arrivé.” Entre assimilation et acceptation de soi, où se situe son africanité ? Des rencontres avec ses “semblables” afro-américains, pour qui son identité africaine n’est “qu’une partie de son identité noire”, à celles avec ses camarades d’école et collègues de travail blancs, qui accueillent son identité guinéenne différemment (fautivement, souvent) de celle des noirs américains, en passant par les projections de ses connaissances musulmanes sur sa foi, fondées sur son apparence : c’est dans cet environnement riche de discussions diverses, parfois peu agréables, qu’Abdel apprend à se positionner, et à embrasser son identité complexe et unique d’homme avant tout guinéen, noir, musulman, plus tard américain, et qui vit désormais en France. Un ordre des priorités qui, au fil du temps, changera selon les codes que s’invente Abdel. Comme sa construction identitaire qui évolue en même temps. 

Migration, intégration, retour au pays 14 ans plus tard, et nouveau départ en France.

Maboula Soumahoro est docteure en civilisations du monde anglophone, spécialiste en études africaines-américaines et de la diaspora noire. Elle est aussi l’autrice d’un essai autobiographique, Le Triangle et l’Hexagone : réflexions sur une identité noire, dans lequel elle interroge la fabrique de l’identité noire en France, au prisme du commerce triangulaire transatlantique. Dans cet entretien éclairant, Maboula Soumahoro mêle réflexions critiques et récit personnel, en écho aux paroles d’Abdel Camara. (Entretien en quatre temps : identité ivoirienne, passage par les Amériques, fardeau des deuxièmes générations et décalage autour de la question raciale en France.)

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Alexia Sena
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Alexia Sena vit à Paris, elle est française de désir et camerounaise d’héritage. Elle a créé en 2020 Joyeux Bazar, un podcast qui questionne et explore l’expérience multiculturelle. Alexia aime écrire, colorier, et le vin rouge.