Fiction

Le deuxième cercle de l'enfer de Dante

Inspiré de faits réels
Miriam est morte. Ça, au moins, elle en est sûre. Elle a eu un accident alors qu'elle était en voiture avec quelqu'un. Quelqu'un … Oui, mais qui ? Impossible de s'en souvenir. Mais peut-être que cette jeune femme assise sur ce nuage pourra l'aider.

Miriam se souvenait clairement de la façon dont elle était morte, mais elle avait l’impression qu’elle oubliait quelque chose.
À présent, elle marchait sur le ciel. Il était bleu, exactement du même bleu que lorsqu’elle levait la tête pour le regarder depuis la terre. Son pied s’enfonça dans le blanc et bleu doux d’un nuage. L’endroit était silencieux, l’atmosphère, paisible.
Qu’avait-elle oublié, exactement ?
Ou qui ?

Au loin, elle aperçut une table. Une table blanche qui se tenait là sur le nuage comme si sa présence ici n’avait rien d’incongru. Et deux chaises, aussi. Inoccupées. La table était mise pour le thé : théière, tasses, plateau d’argent avec des pâtisseries appétissantes. Tout l’attirail d’un tea time raffiné. Miriam s’en approcha lentement.

Elle s’assit. Quelqu’un venait vers elle. Elle eut l’impression que, peut-être, elle connaissait cette personne – ou peut-être pas. Qui était-ce ?

Cette personne semblait vouloir prendre le thé avec Miriam, alors Miriam versa du thé dans deux tasses.

L’odeur du thé corsé et la chaleur de la théière lui procuraient un sentiment de bien-être.

Ce n’était pas si mal, l’au-delà.

La jeune femme vint s’asseoir à côté de Miriam. Elle prit une gorgée de thé et dit :

Leah : Bonjour. Je m’appelle Leah.
Miriam : Et moi, Miriam.
Leah : Je sais.
Miriam : Ah oui ?
Leah : Oui. Je suis arrivée avant toi. Il y a sept jours. Et ça donne du temps pour rendre certaines choses plus familières.
Miriam : Par exemple ?
Leah : Tu ne te souviens pas encore de grand-chose, pas vrai ?
Miriam : Je me souviens qu’il y a eu un accident. Un gros accident. J’étais dans la voiture. Et puis je me suis retrouvée ici.
Leah : C’est bien ça, oui.
Miriam : Mais il reste des choses dont je ne me souviens pas.
Leah : Ne t’inquiète pas. Bois un peu de thé, ça va te revenir petit à petit.
Miriam : Il sent tellement bon ce thé et il a un goût sucré.
Leah : Sucré ?
Miriam : À la fois sucré et amer. On sent le goût sucré, après coup. Il a comme un parfum de fleur.
Leah : Tu sais toujours bien choisir les boissons.
Miriam : C’est vrai ?
Leah : Oui.
Miriam : On dirait que tu me connais par cœur.
Leah : Je suis juste arrivée avant toi, ce qui fait que je peux me souvenir. Ne t’inquiète pas. Petit à petit, tu te souviendras de tout.
Miriam : Dis-moi en plus sur ce que tu sais.
Leah  : Je sais qui tu es. Je sais que tu aimais les scones avec plein de confitures différentes. Tous les samedis tu allais à la boulangerie pour acheter trois gros scones, puis tu les mangeais toute seule, sans les partager avec ta coloc.
Miriam : Je n’arrive pas à m’en souvenir.
Leah : Dieu va te punir pour n’avoir pas partagé les scones avec ta coloc.
Miriam : Il existe une punition pour ça ?
Leah sourit et répondit : « Bien sûr. »
Miriam : Qu’est-ce que tu sais d’autre sur moi ?
Leah : Hmmm. Un tas de choses. Qu’est-ce que tu veux savoir ?
Miriam : Voyons… J’aimerais savoir pour quoi d’autre Dieu voudrait me punir. Est-ce que j’ai commis d’autres crimes dans ma vie ? S’il-te-plaît, dis-moi.
Leah  : Tu sais ce que sont les sept péchés capitaux ?
Miriam : J’en ai entendu parler, mais je ne m’en souviens pas. Je lis rarement des livres sur la religion.
Leah : Le premier, c’est la gourmandise. Tu te goinfres de 3 scones chaque samedi.
Miriam : Et tu appelles ça, un péché ?! Pourquoi manger serait-il un péché ?
Leah : La paresse aussi est un péché.
Miriam : Dommage.
Leah : Tu sais que tu étais paresseuse ?
Miriam : J’ai l’impression de l’être. J’imagine.
Leah : Et tu as raison, jeune fille. Tu dormais toute la journée, du samedi après-midi jusqu’au dimanche soir. Tu ne faisais jamais le ménage. C’est ta pauvre coloc qui devait s’occuper de tout.
Miriam : Et Dieu voudrait me punir pour ça ?
Leah : Ça dépend… Si ta coloc te pardonne, peut-être pas.
Miriam : Et, elle me pardonnerait ?
Leah : Je ne sais pas. Tu te souviens d’elle ?
Miriam : Pas vraiment… J’ai l’image de quelqu’un avec un aspirateur. Elle s’appelle comment ?
Leah : Ne t’inquiète pas. Ça va te revenir. Goûte ce gâteau. Ils les ont préparés spécialement pour toi.
Miriam : C’est qui, « ils » ?
Leah  : Les anges.
Miriam : Où sont-ils ?
Leah : Ils sont partis chercher des trucs. Ne t’en fais pas. Ils apparaîtront le moment venu.

Miriam prit un gâteau sur le plateau en argent. Un scone. Puisqu apparemment c’était ses préférés.Elle le mangea lentement. Et pendant qu’elle mangeait, Leah sirotait son thé en observant le nuage blanc. Elle sourit et demanda :

Leah : Comment tu te sens, par rapport à ta mort ?
Miriam : Je ne ressens rien. Rien du du tout. Je suis peut-être encore déboussolée.
Leah  : Hmm.
Miriam : Tu es arrivée ici avant moi. Dis-moi ce que tu penses de la mort.
Leah : J’imaginais ça plus effrayant. Ici, c’est plutôt paisible. Et puis, il fait beau.
Miriam : C’est vrai qu’il fait beau.
Leah : De quoi on parlait il y a 5 minutes, ma belle ?
Miriam : De mes sept péchés capitaux. Je m’en souviens un peu mieux. La jalousie aussi est sur la liste, n’est-ce pas ?
Leah : Oui, mais tu n’es pas très jalouse. Dieu ne peut pas te punir pour ça.
Miriam : Ah bon.
Leah : Mais c’est un de mes péchés. Je suis jalouse et colérique aussi. Je vais devoir répondre de mes actes.
Miriam : Qu’est-ce que tu as fait ?
Leah : J’étais tout le temps jalouse de ma copine, jalouse de tous ceux à qui elle parlait. Je voulais la garder pour moi toute seule. Je voulais qu’elle soit mon trésor. Je n’aimais pas quand elle passait du temps avec d’autres… ça me mettait très très en colère !
Miriam : J’ai du à t’imaginer comme ça. Tu as l’air tellement…
Leah : Calme ? Crois-moi, je suis une autre personne quand je me mets en colère. Tu n’aimais pas ça quand je m’énervais.
Miriam : Ah… Parce qu’on s’est déjà rencontrées ?
Leah  : Oui.
Miriam : Bizarre. Je n’arrive pas à me souvenir de toi.
Leah : Ça va venir.

Même si c’était un monde après la mort, l’endroit était plutôt agréable. Miriam était bien contente de ne pas être tombée sur un type à la peau rouge avec une fourche ou tout autre chose effrayante comme dans les histoires que sa grand-mère lui racontait autrefois. Sa grand-mère avait vécu en Birmanie et était devenue bouddhiste. Elle aimait lui parler des dogmes de pays lointains, et Miriam en faisait des cauchemars.

Elle en parla à Leah qui sourit.
Leah : Est-ce que tu as déjà vu la carte de l’Enfer de Dante ?
Miriam : La quoi ?
Leah  : La carte de l’Enfer. D’après le poème de Dante.
Miriam : Je te l’ai dit, je n’y connais pas grand-chose en religion.
Leah : Pour moi, ça c’est effrayant. Et peut-être que c’est ça qui nous attend après ce nuage paisible.
Miriam : Ça a l’air inquiétant. Est-ce que j’ai d’autres péchés ?
Leah : Il en reste trois, ma belle : l’avarice, l’orgueil et la luxure.
Miriam : Suis-je coupable des trois ?
Leah : De certains. Je ne pense pas que tu étais cupide. Tu n’as jamais amassé pour ton propre intérêt. Tu te préoccupais des autres.
Miriam : C’est bien. Je n’aurais pas supporter d’avoir été avare.
Leah : Mais moi je le suis. Je pensais tout le temps à l’argent. Je ne donne jamais un centime à quiconque. Je faisais le maximum pour épargner de l’argent.
Miriam : Pourquoi tu faisais ça ?
Leah : Pour celle que j’aimais. C’était une rêveuse, elle ne pensais jamais au lendemain. Son travail ne rapportait pas beaucoup d’argent, alors je devais être la plus responsable de nous deux. C’est pour ça que je m’inquiétais toujours de l’avenir. Si ses parents étaient décédés, de quoi aurions-nous vécu ? J’ai conscience que c’est ce besoin de gagner plus d’argent qui m’a rendue avare.
Miriam : Tu as fait ce qui est juste. Dieu devrait te pardonner.
Leah : Je ne sais pas. Je ne peux pas deviner ce que Dieu en pense.
Miriam : Et les deux autres péchés ? Est-ce que je les ai commis ?
Leah : Te souviens-tu de ce que tu faisais comme travail avant de mourir ?
Miriam : Nope.
Leah : Tu étais actrice, ou du moins tu essayais de l’être.
Miriam : En quoi est-ce un péché ?
Leah : Je suis désolée de te dire ça, ma belle, mais tu jouais très mal. Tu ne décrochais pas de rôle. Chaque fois qu’un producteur préférait quelqu’un d’autre, tu rentrais à la maison fâchée. Tu disais qu’ils étaient aveugles. Que tu étais meilleure qu’ils ne croyaient.
Miriam : Et c’est mal ?
Leah : Très mal. Je ne te l’ai jamais dit mais tu n’avais aucun talent. C’était de l’arrogance de penser que tu étais meilleure que les autres. C’était peut-être aussi pécher par jalousie et orgueil. Tu étais en colère contre ces producteurs. Tu étais jalouse des autres actrices parce qu’elles avaient la chance d’être sur scène, contrairement à toi.
Miriam : C’est tellement triste. J’ai dû avoir une vie malheureuse.
Leah : Pas du tout. En fait, tu as plutôt eu une vie heureuse. Très heureuse, même.
Miriam : Mais je n’ai jamais eu de succès.
Miriam : Comment ai-je pu avoir une vie heureuse si je n’ai jamais eu de succès ?
Leah : Une vie heureuse et une vie réussie sont deux choses différentes, ma petite. Tu avais une bonne famille. Tes parents te soutenaient dans la poursuite de tes rêves. Ils continuaient de te donner de l’argent même si tu ne décrochais jamais de rôle. Ils t’ont envoyé de l’argent jusqu’à tes 27 ans.
Miriam : 27 ans ?
Leah : Oui. C’est l’âge que tu avais quand tu es morte. Ils t’ont organisé de grandes funérailles.
Miriam : J’aimerais me rappeler de tout ça. De mes parents.
Leah : Ne t’en fais pas. Bientôt tu te souviendras d’eux. Ils sont tellement tristes que tu sois morte si jeune.
Miriam : C’était un accident. J’étais en voiture avec quelqu’un.
Leah : Avec qui ?
Miriam : Je ne sais pas.
Leah : Pas de souci. Bientôt tout sera clair. Tu reconnaîtras la personne qui était avec toi dans la voiture, ta coloc, tes amis chers, ta vie heureuse, la personne que tu aimes…Miriam  : J’ai quelqu’un dans ma vie ?
Leah : Oui. Mais c’est de cet amour que tu tiens le dernier péché…
Miriam : La luxure…
Leah : Bien vu, petite maligne. Tu t’en es souvenue. En fait, il s’agit du premier péché. Soit. Parlons-en.
Leah : Pour être honnête, je doute que ce dernier péché soit vraiment mauvais.
Miriam : Je pense qu’aucun d’entre eux ne l’est. Manger des scones, dormir le dimanche, vouloir réussir dans sa carrière, mettre de l’argent de côté pour l’avenir, être jaloux de son partenaire ; rien de tout ça n’est vraiment grave.
Leah  : Tu as peut-être raison. Alors, dis-moi si, dans ce cas, ça l’était.
Miriam : Qu’est-ce que j’ai fait ?
Leah : Tu es tombée amoureuse… d’une femme.
Miriam : Et alors ?
Leah : C’est un péché. L’amour entre personnes du même sexe est un péché.
Miriam : Mon Dieu ! Un péché ? En quelle année sommes-nous ?
Leah : 2023, et tu devrais savoir qu’il ne faut pas invoquer le nom de Dieu en vain, surtout dans un endroit comme celui-là. Il pourrait lui prendre soudainement l’envie d’apparaître.
Miriam : Ce que je veux dire c’est qu’on est en 2023 et que ça ne devrait plus figurer sur la liste des péchés.
Leah : Bref, ça pourrait être un de tes péchés.
Miriam : Je refuse de l’accepter.
Leah : Tu refuses d’accepter que tu aimes les femmes ?
Miriam : Je refuse d’accepter que c’est un péché. Quand ils m’emmèneront face au tribunal céleste, je le crierai haut et fort, que je n’ai rien fait de mal ! Être lesbienne, gay, trans, il n’y a rien de mal à ça.
Leah : Personne ne peut contester le verdict des anges.
Miriam : Si un verdict d’injustice ne peut être contesté, alors il est injuste dès le départ.
Leah  : Tu vas soutenir qu’aimer les femmes est juste ?
Miriam : Absolument !
Leah : Même si à cause de cette insistance tu te retrouves en enfer ?
Miriam : Je ne sais pas. Ça me fait peur, mais je ne peux pas juste me taire. Ces anges, ils vont m’entendre, ces anges !
Leah : Miriam, tu ne sais même pas qui est la femme que tu aimes.
Miriam : Je ne le sais pas, mais ça ne veut pas dire que je ne me souviens de rien.
Leah : Tu t’en souviens ?
Miriam : Quelques détails me sont revenus… Une chevelure brune et sombre, la douce odeur de ses cheveux, celle de son parfum préféré…
Leah : Le parfum reste toujours gravé dans la mémoire humaine.Miriam : Je me souviens de sa peau mate, de ses bras forts, de son rire sonore…
Leah : Elle devait être si heureuse.
Miriam : Maintenant elle doit être triste.
Leah : Pourquoi ?
Miriam  : Parce que je suis morte.
Leah : Tu crois qu’elle regrette ta mort ?
Miriam : Oui. Je me souviens qu’elle m’aimait très fort. Et je… je crois que notre amour était mutuel.
Leah : Et tes parents, ils en pensaient quoi ?
Miriam : : Ils n’approuvaient pas notre relation.
Leah : Dieu non plus.
Miriam : Peut-être. Je me souviens que je me fichais de l’opinion de mes parents. Je vivais avec elle. On s’était promis d’aller à la mer ensemble. Oui, à la mer ! On a loué une voiture…, je m’en souviens maintenant ! On a eu un accident !
Leah : Et tu es morte.
Miriam : Dis-moi, ma copine, est-elle toujours vivante ?
Leah : …
Miriam : Leah, s’il-te-plaît.
Leah : ….
Miriam : Dis-moi qu’elle est en vie.
Leah : Comment s’appelle-t-elle, Miriam?
Miriam : Je ne sais pas. Je ne m’en souv… Attends, si.
Leah : Tu t’en souviens ?
Miriam  : Oui…
Miriam la regarda droit dans les yeux et gémit tristement :

« Elle s’appelle Leah. »

Leah ne dit rien, alors Miriam poursuivit :

« C’est toi, Leah. Pourquoi es-tu arrivée ici avant moi ? On aurait dû arriver ensemble. »

Le visage de Leah resta de marbre quand elle répondit.
Leah : Je suis morte dans la voiture, mais pas toi. Tu as été secourue, Miriam. Tu es restée à l’hôpital pendant 7 jours. Tu t’es battue. Mais malgré ça, tu m’as suivie ici.
Miriam : Je me suis battue. Mais tu n’as pas tout à fait raison. Je savais que tu étais partie. Le médecin ou l’infirmière me l’a murmuré à l’oreille. Alors j’ai arrêté de me battre, pour pouvoir venir ici… pour être avec toi.
Leah : Miriam, sais-tu que c’est dans le deuxième cercle de l’Enfer de Dante que sont envoyés ceux qui sont fous amoureux, qui trompent leur partenaire ou n’arrivent pas à contrôler leur amour ? Aimer trop fort va te conduire droit en enfer.
Miriam : C’est n’importe quoi.
Leah : Tu crois ?
Miriam  : Oui.
Leah : Pourtant ici c’est la règle.
Miriam : Je m’en fiche.
Leah : Même si tu t’en fiches, c’est ce qui va se passer.
Miriam : Mais à ce moment-là, dans cet enfer, tu seras avec moi, n’est-ce pas, Leah ?
Leah resta silencieuse un moment, avant de répondre :

« Si aimer trop fort est vraiment un péché, j’irai dans cet enfer, avec toi, pour toujours. »

Un corps lumineux apparut à l’horizon. Leah lui jeta un coup d’œil.

Leah : Voilà l’ange qui arrive.
Miriam : Ne t’inquiète pas, Leah. Si on doit aller en enfer, on y ira ensemble.
Leah : …
Miriam : Pourquoi as-tu l’air si triste ?
Leah : Revenons-en à la mer. Tu as dit qu’on avait loué une voiture. Pourquoi l’avons nous louée ?
Miriam  : Comment ça ?
Leah : J’ai une voiture. Tu ne te souviens pas de ma vieille voiture, toujours prête à te conduire où tu voulais ?
Miriam : Alors pourquoi avons-nous loué une voiture ?
Leah : Te rappelles-tu de notre voiture ?
Miriam : Elle est blanche. Mais… mais… au moment de l’accident, j’étais dans une voiture noire.
Leah : Tu étais dans la voiture noire, Miriam, mais moi j’étais dans la blanche.
Miriam : Je ne comprends pas. Pourquoi ?
Leah : On n’était pas dans la même voiture.
Miriam : J’ai bien compris, mais pour quelle raison ? Pourquoi ?
Leah : Pourquoi ? Réfléchis, Miriam.
Miriam  : Je… je ne sais pas !
Leah : Je voudrais te parler du second cercle de l’Enfer de Dante.
Miriam : : Arrête de parler de ce truc insensé. Je ne l’ai jamais lu et ça ne m’a jamais intéressée.
Leah : C’est l’endroit de l’enfer dédié à ceux qui ont trompé, qui sont en couple mais aiment quelqu’un d’autre. Penses-tu que ce soit quelque chose de grave ?
Miriam : Bien sûr. Mais…
Leah : Pourquoi tu fais  cette tête ? Tu te souviens de quelque chose ?
Miriam : Je me souviens de quelqu’un… avec des cheveux noirs et ondulés, comme la houle sur la mer.
Leah : Continue.
Miriam : Il avait des mains puissantes. Il m’a dit que nous irions à la mer, que nous irions voir comme la mer bleue est belle.
Leah : Exactement comme ce qu’on s’était promis ?
Miriam  : Hmm oui.
Leah : Alors, avec qui as-tu choisi d’y aller ?
Miriam : Je… j’y suis allée avec Cain, vers la mer du Sud. On a loué une voiture noire.
Leah : C’est ça, Miriam. C’est ça… Et moi j’étais dans ma voiture, à ta poursuite.
Miriam : …
Leah : Je vous suivais, toi et ton amant, dans ma voiture blanche. Elle était très vieille. Tu t’en souviens ?
Miriam : …

Leah : Tu as essayé de t’enfuir. Mais dans la précipitation, tu as percuté un arbre, puis ma voiture s’est encastrée dans la tienne.
Miriam : Non ! Arrête, Leah!
Leah : Cain a survécu. Tu es contente ?
Miriam  : Ça suffit ! J’ai dit stop !
Leah : L’airbag de ma voiture était en mauvais état, je n’avais aucune chance de m’en sortir. Résultat, je me suis directement retrouvée ici. Mais toi… toi tu n’es pas venue me voir.
Miriam : Arrête ça tout de suite !
Leah : Et pour commencer, si tu voulais vraiment être avec moi, tu ne serais pas allée voir la mer avec Cain.
Miriam : Je ne veux plus en entendre parler !
Leah : Je te dis la vérité, Miriam.
Miriam : Tais-toi !
Après ce cri, Leah regarda l’ange. Le halo de lumière dorée se faisait de plus en plus proche. Elles pouvaient enfin voir le corps de l’ange. Il avait une chaîne d’or à la main.
Miriam se figea, paralysée par la peur. Au fond d’elle, elle savait déjà à qui ces chaînes étaient destinées.
« Le deuxième cercle de l’Enfer de Dante. Si je peux y aller avec toi, j’irai, Miriam, mon amour », dit Leah d’un ton calme et détaché.
La voix de Leah était aussi froide que l’océan. Une larme coulait sur sa joue. La lumière du ciel se reflétait dedans et lui donnait une couleur bleutée.
« Mais oui, tu as raison », « Mon amour ne compte pas comme un péché. Dieu pardonne à ceux qui s’aiment, quels qu’ils soient, quel que soit leur genre, mais il ne pardonne pas à ceux qui sont infidèles. »
« Arrête ! Arrête ! Ça suffit maintenant ! »
L’ange se trouvait tout près. Il se tenait derrière la table. Son visage était paisible lorsqu’il passa la chaîne autour du coup de Miriam.

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L’ange restait muet. Leah regarda Miriam tristement ; puis elle répéta cette belle affirmation :
« Si aimer trop fort était vraiment un péché, j’irai dans cet enfer, avec toi, pour toujours. »
La larme de Leah goutta sur le col de sa chemise alors qu’elle parlait.
« Mais faut croire que tu n’as pas besoin de mon amour. »
« Leah, aide-moi ! » s’écria Miriam tandis que l’ange la forçait à se lever et s’éloigna en la tirant derrière lui.
« Je ne peux pas t’aider. » Une autre larme coula sur son visage calme. « Je suis désolée. »
« Leah ! » cria Miriam. « Aide-moi ! Je ne te trahirai plus. Je n’aurai plus que toi. Rappelle-toi notre promesse… »
« Un jour nous irons voir la mer bleue toutes les deux », récita Leah tendrement. Elle avait l’air si calme, malgré les larmes qui continuaient de couler. « Quel dommage que ça ne soit plus possible. »
Miriam se faisait traîner de plus en plus loin, jusqu’à ce que Leah ne puisse plus voir que la lumière qui irradiait du corps de l’ange.
Leah se leva, le regard fixé sur l’horizon. Les larmes coulaient toujours. Son visage avait toujours l’air calme. Elle murmura cette dernière phrase, que Miriam n’entendrait jamais.
« Si aimer trop fort était vraiment un péché, je te rejoindrai sûrement en enfer, Miriam. Parce que je t’aime malgré tout. Je t’aime… pour l’éternité. »

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