A sa grande surprise, Pierre Mao, auteur encore confidentiel, est choisi, par erreur, pour faire partie du jury d'un prix littéraire de renom. Flatté d'être parmi ces noms prestigieux, il va rapidement être surpris par la façon dont les récompenses sont décernées.

Quand il intégra le jury du prix Anatole France, dont le lauréat était annoncé chaque année le 1er mai, jour de la fête du Travail, Pierre Mao, auteur aux tirages confidentiels, crut qu’il avait gagné au loto. Pourtant, les autres membres du jury, réunis au Brébant, se montrèrent froids à son égard. Il ne s’expliqua pas cette antipathie à peine dissimulée. N’étaient-ce pas eux qui l’avaient coopté, à son plus grand étonnement ?
« Six mois après le décès d’Edgar César, Pierre Mao nommé membre du Prix Anatole France. » C’était par une brève sur le site de Libération qu’il avait appris la nouvelle. Livres Hebdo avait eu le plus grand mal à écrire sa biographie, bricolée à partir d’éléments de son propre blog et illustrée d’une photo glanée sur Facebook.
À la fin du premier repas, Carole Edmée, jurée n°4, finit par lui avouer, un peu éméchée, les raisons de ce mauvais accueil. C’était en réalité Pierre Mahaut que le jury avait choisi pour succéder à Edgar César au 6e couvert. Le secrétaire général du prix, l’étourdi Roland Fouy, juré n°5, avait envoyé à l’AFP un communiqué avec une orthographe fautive. Le mal était fait. On ne pouvait démentir l’annonce sous peine de se couvrir de ridicule. Le pauvre Pierre Mahaut était mort une semaine après des suites d’un AVC dans l’indifférence générale – une idole yéyé, décédée le même jour, lui avait volé la vedette…
Lors du déjeuner suivant, Pierre Mao essaya de gagner les faveurs du jury (et de leur faire oublier leur bévue), en louant leurs propres ouvrages qu’il avait fait l’effort de lire. Mais chacun de ses compliments se heurta à des sourires crispés : les jurés n’avaient pas l’habitude de se lire les uns les autres.

*

Un mois plus tard, Roland Fouy déposa une quarantaine de livres au milieu de la table. « Les choses sérieuses commencent », se réjouit Pierre Mao. Il rougit en constatant qu’il n’avait lu qu’un seul de ces ouvrages, « Chroniques du désastre » de Fantine Lapure. Quand Micheline Zebra, la sémillante présidente du prix et jurée n°3, se saisit du livre, le verdict fut sans appel :
— Le désastre est pour le lecteur !
— Prenons le temps d’en parler quand même, suggéra Roland Fouy en louchant vers Pierre Mao. Notre nouveau juré semble vouloir en dire quelques mots.
— Inutile, trancha la présidente. La chronique des avortements de madame Lapure puis ses difficultés à avoir un enfant intéresse-t-il quelqu’un autour de cette table ?
— Elle a tout de même perdu son enfant unique, argumenta Roland Fouy. Dix ans d’attente, une PMA, puis ce drame horrible.
— Le prix Anatole France ne lui rendra pas son enfant mort, conclut Micheline Zebra en faisant tomber le livre sur la moquette rouge.
Carole Edmée, traductrice d’espagnol, autrice d’essais, récita alors une phrase de Borges se moquant du chantage affectif d’Evaristo Carriego, auteur de poèmes larmoyants : « Je vous présente une détresse : si vous n’êtes pas ému, vous êtes un sans coeur. »
Pierre Mao comprit qu’il serait inopportun de vanter le style de Fantine Lapure qui faisait songer à Duras. Le livre était en train de se décomposer sur la moquette et personne ne le sauverait.
— Bon, on ne va pas épiloguer là-dessus pendant une heure, dit Micheline Zebra. On a vingt bouquins à virer et le maître d’hôtel trépigne.
Après le champagne, Philippe d’Azincourt, chroniqueur vu à la télévision et juré n°2, provoqua un éclat de rire général en menaçant d’entamer une grève de la faim si le livre de son amie, Sophie Montjoie, ne figurait pas dans la première sélection.
— La dernière fois, tu avais menacé de tuer ton chien, s’amusa Micheline Zebra qui décida, pour l’ensemble du jury, de garder le dernier Montjoie.
Pour la forme, elle ajouta :
— Avis contraire ?
— Et le livre de Chantal Fissa ? suggéra Carole Edmée…
Tous les membres du jury baissèrent les yeux. Le regard de la présidente s’était enflammé.
Carole Edmée prit sa respiration et déclara :
— Il serait difficile de ne pas le sélectionner. La critique est quand même unanime. C’est son plus grand roman. Moi-même, si je dois être honnête, j’ai été emportée, gagnée. J’ai… j’ai…
La présidente l’écoutait, furieuse. Carole Edmée se tassa sur sa chaise et dit d’une voix, à peine audible.
— Enfin, ce n’est que mon avis…
— En effet. Ce n’est que ton avis. Mais il est vrai qu’il est difficile de l’écarter, dit Micheline Zebra. Il en va de la crédibilité du prix. Je ne dois pas me laisser influencer… par un différend personnel. On m’accuserait de manquer… d’objectivité. Quelqu’un d’autre l’a lu ?
— Pas personnellement, répondit Philippe d’Azincourt, ce qui fit s’esclaffer les autres membres du jury.
— On garde la Fissa. Je sais être juste. Bien sûr, elle n’aura pas le prix. Mais on peut lui donner un peu d’espoir pendant quelques semaines, non ?
Lorsqu’ils se séparèrent, Pierre Mao donna son numéro de téléphone à Micheline Zebra en lui disant qu’il aurait plaisir à déjeuner avec elle avant la prochaine réunion du jury. Elle nota le numéro avec une grimace et lui dit qu’elle n’avait plus de cartes de visite.

*

Arrivé en avance, Pierre Mao eut la grande joie de se présenter au grand Faustin Azor, juré n°1. C’était un écrivain qu’il admirait, qu’il avait étudié à l’école. S’il n’avait pas craint d’être l’objet de moquerie, il aurait même pu lui avouer que c’étaient ses passages chez Bernard Pivot qui lui avaient donné envie de devenir écrivain.
Le vieil homme se montra courtois, allant même jusqu’à s’intéresser à lui, ce qu’aucun autre membre du jury n’avait fait. Soudain, il désigna l’imposante valise sous la table.
— Auriez-vous l’amabilité de m’aider ? Je voudrais en finir avant l’arrivée des autres.
Faustin Azor ouvrit la valise. Elle débordait de livres, tous parus ces derniers mois. Le maître d’hôtel leur tendit des coupe-papiers. Pierre Mao imita Faustin Azor et ôta toutes les pages où figuraient les dédicaces manuscrites de leurs auteurs. Piqué de curiosité, il commença à lire les phrases mielleuses d’un ancien Premier Ministre puis les compliments criblés de fautes d’orthographe d’un avocat à la mode. Il fut étonné de lire sous la plume d’une romancière encensée par l’élite intellectuelle de gauche cette phrase adressée à Faustin Azor, écrivain considéré comme réactionnaire : « Vous êtes un cadeau. » Lassé par cette collection de platitudes et de flatteries écrites par le tout-Paris, il accéléra sa besogne qu’il jugeait humiliante, espérant que les autres membres du jury n’arriveraient pas en avance.
— Vérifiez quand même s’il n’y a pas un billet de banque, cela arrive parfois, s’amusa Faustin Azor.
Le doyen du prix Anatole France montait à Paris chaque mois pour vider le contenu de sa valise et déjeuner au Brébant.
— Si je déchire les dédicaces, c’est par égard pour les auteurs qui risqueraient de retrouver leurs livres chez les soldeurs. Mais à la différence de beaucoup, je garde tous les autographes. Un jour, je les offrirai à un musée.
Pierre Mao l’interrogea sur les romans de la rentrée et le sonda sur ses préférences. À qui songeait-il donner le prix cette année ?
Faustin Azor émit un petit rire.
— Jeune homme, la vie est trop courte pour que je lise ce fatras d’autofictions, de voyages de faux explorateurs ou bien ces romans sociologisants. Je suis à l’âge où l’on relit. Je crois bien n’avoir lu aucun livre publié ces trente dernières années.
— Vraiment ? Pourtant, je lis vos critiques littéraires… Encore cette semaine !
— Vous me plaisez, Pierre. Vous êtes frais ! Je vous expliquerai le métier un jour. Vous me donnerez votre carte, n’est-ce pas ?
Il regarda la pendule.
— Pile à l’heure !
L’un de ses amis les plus chers, poète sans le sou, fit son entrée avec une autre valise, vide celle-là. Ils échangèrent des plaisanteries. Faustin Azor aimait et admirait ce poète, Alain Tabou, dont les livres n’avaient qu’une dizaine de lecteurs. Le poète avait refusé les honneurs, les compromissions. Il était celui que Faustin Azor aurait aimé être si la perspective de la pauvreté ne l’avait pas effrayé. Le tout-Paris était loin d’imaginer que toutes les nouveautés envoyées au grand écrivain finissaient entre les mains d’Alain Tabou qui, en les vendant aux bouquinistes, parvenait bon an mal an à régler son loyer.
— Allez, bon appétit, dit Alain Tabou en repartant avec sa valise chargée à ras bord.

Par la fenêtre, Pierre Mao vit arriver les Uber des autres membres du jury.
L’aplomb de Micheline Zébra, qui n’avait fait l’éloge d’aucun livre, fascinait Pierre Mao. Elle semblait connaître personnellement la plupart des auteurs dont les livres figuraient en tas sur la table.
— Yvan Faizar, sénateur, ministre. Et maintenant il se croit écrivain ! Ses haïkus, on s’en fout ! Du balai.
Le livre fut aussitôt englouti par la moquette du restaurant.
— Isabelle Marrent ? Encore une qui nous raconte ses coucheries avec Tartempion. Virée !
Faustin Azor repêcha le livre, non pour le sauver, mais pour vérifier qu’il n’était pas cité.
— J’aimerais qu’on garde le dernier Labbé ! dit Roland Fouy.
— Florian Labbé ? Ce fat ? Cet intrigant ?
— Ses descriptions du Mont Fuji sont admirables…
— On se calme ! Il a fait une excursion au Japon. Et alors ? Il reste une semaine, deux semaines chez les Nippons et nous pond 300 pages sur le Mont Fuji ? L’an dernier, on s’est fadé son voyage en Colombie, parce qu’il avait vu la série Narcos. Non, c’est un imposteur !
— Dans ce cas, on garde Marie-Cécile Figeac. Une écriture sèche et blanche. Un huis-clos. C’est absolument remarquable.
— Dis-moi, Roland. Tu crois que j’ignore que c’est ta nièce ? Tu connais l’étymologie de népotisme ? Je ne t’apprendrai pas que les réseaux sociaux sont impitoyables.
Vingt romans survécurent à cette séance de tri.
— N’oubliez pas de me faire parvenir les livres qui me manquent, dit doucement Pierre à Roland Fouy au moment où les convives attendaient leurs Uber.
Pas de réponse.
— Et bonnes fêtes de fin d’année à tous.
Pas de réponse.

*

Pierre Mao brûlait de raconter aux autres membres du jury qu’un éditeur lui avait proposé d’écrire une biographie d’Eugène Fromentin, peintre et écrivain voyageur, mais il sentait que la nouvelle risquait de les froisser. Il aurait aimé que tous deviennent ses amis. Le maître d’hôtel remplit les verres et leur souhaita une bonne année.
Philippe d’Azincourt prit la parole :
— « Jennifer Aniston et Moi », possède un certain charme… C’est l’histoire d’une fille dont la sexualité s’est construite grâce à la série Friends.
— Ras le bol des titres du genre « Kennedy et moi », « Marilyn et moi », « Hitler et moi »…
— Il ne faut pas s’arrêter au titre, dit Pierre Mao qui avait fini le roman dans le métro. Cette romancière décrit remarquablement sa dépression. Sans pathos. J’ai aimé le passage où elle va dans un cinéma du Quartier Latin et change 33 fois de place durant un film de Bergman. 33 fois ! C’est un roman truffé de symboles…
— Télérama a aimé, osa Carole Edmée et je dois dire que…
— Je souhaite intervenir, coupa Roland Fouy, le rouge aux tempes. En tant que secrétaire général du prix, je me dois de rappeler le règlement. Pierre Mao a bien utilisé l’expression « sans pathos ».
— Oui, nous avons tous entendu, dit Micheline Zebra d’une voix blanche.
Cinq paires d’yeux réprobateurs fusillèrent Pierre Mao qui ne comprenait pas où Roland Fouy voulait en venir.
— Je suis désolé, lâcha Carole Edmée. Toute personne utilisant l’expression « sans pathos » doit payer une amende de 100 euros.
— Je l’ignorais !
— Nul n’est censé ignorer le règlement ! s’indigna Roland Fouy qui décida d’exclure sur le champ « Jennifer Aniston et Moi ».
Carole Edmée prit son inspiration :
— Je crois, et bien sûr, ce n’est que mon avis, qu’on pourrait attribuer le prix à « La Fuite ». Il y a une polysémie dans le titre que j’adore. C’est l’histoire d’une normalienne qui travaille un an dans un Lidl. Un jour, son robinet fuit et… elle prend la fuite. J’ai adoré, j’ai même été bouleversée.
Micheline Zebra fit la moue.

*

Lors du déjeuner suivant, Micheline Zebra disserta longuement sur deux groupes de musique sud-américaine qu’elle adorait, La Sonora Dinamita et la Sonora Mantecera. Les membres du jury se penchèrent au-dessus de la table pour regarder une vidéo YouTube sur le smartphone de la présidente.
Micheline Zebra était un mystère pour Pierre Mao. Il finit par la trouver tout à fait sympathique lorsqu’elle se déhancha sur la chanson « Mala Vida ».
Malgré son statut de doyen – Micheline Zébra l’appelait affectueusement « l’ancêtre » – Faustin Azor était féru d’Internet. Lui aussi aimait ces musiques qui lui rappelaient ses tournées littéraires à Cuba ou en Colombie dans les années 60. Il leur montra en salivant les pochettes de groupes de Cumbia, des femmes lascives en maillots de bain qui faisaient passer les danseuses du Crazy Horse pour des nonnes. « Ils n’ont pas encore été atteints par le politiquement correct », dit le grand écrivain qui ajouta : « Le monde actuel me dégoûte tant, que je n’ai plus peur de la mort. »
Carole Edmée susurra à l’oreille de Pierre Mao :
— Bien sûr que le politiquement correct l’ennuie. Ce vieux dégoûtant sait ce qui l’attend s’il s’aventure encore à pincer les fesses de ses admiratrices.
Roland Fouy se leva soudain, comme illuminé :
— On pourrait peut-être donner le prix à « Moi aussi », premier roman entièrement dicté à Siri !
Micheline Zebra stoppa sa video Youtube et répondit, furieuse :
— Et l’année prochaine, on récompensera le premier roman entièrement écrit aux toilettes ? C’est cela que tu veux ?
À côté de « Moi aussi », d’autres romans rejoignirent la moquette du restaurant. Micheline Zebra brandissait chaque livre avec la dextérité d’un commissaire priseur. En réponse aux grimaces qu’elle faisait, chacun montrait un pouce levé ou un pouce vers le bas et, sans discussion, le livre rejoignait ou non la mer des Sargasses.
À la fin du repas, il ne resta plus que cinq livres rescapés sur la table. Pierre Mao n’en avait lu aucun. Il songea soudain à la série sud-coréenne « Squid Game » qu’il avait vue sur Netflix. Ce prix littéraire était vraiment unique. Un jeu de massacre.

*

Le repas du 1er mai arriva enfin.
Par la fenêtre, Pierre Mao observa la meute de journalistes qui piétinaient devant le restaurant, certains avec un masque sur le nez. C’était une idée de Martin Cube, le créateur du prix dans les années 60, d’annoncer le nom du lauréat le jour de la fête du Travail car ce jour-là la presse n’avait aucune information à se mettre sous la dent.
Les cinq livres finalistes avaient attendu sur la table basse du salon sans que Pierre Mao trouve le temps d’y jeter un œil. Harassé par sa biographie d’Eugène Fromentin dont il devait rendre le manuscrit le 30 avril, il avait été dérangé par la visite de sa fille, rentrée de l’étranger pour voter, car, disait-elle, chaque voix allait compter pour empêcher le triomphe du fascisme.
À la grande surprise de Pierre Mao, Micheline Zebra annonça n’avoir lu aucun des livres finalistes. Elle avoua que la campagne présidentielle, la plus sale, la plus vile qu’il lui ait été donnée de vivre, l’avait empêchée de s’intéresser au prix Anatole France. Elle interrogea tour à tour les autres membres du jury. Personne n’avait lu les livres. Roland Fouy se justifia en parlant des visites à sa cardiologue. Le journal de Philippe d’Azincourt l’avait requis pour l’interview d’une veuve de comédien. Carole Edmée, elle, avait oublié les livres dans sa maison de campagne. Quant à Faustin Azor, chacun savait qu’il ne lisait aucun des livres sélectionnés.
Micheline Zebra semblait pour la première fois découragée, fatiguée.
— Nous sommes censés, je vous le rappelle, ne choisir que des livres que nous avons lus.
— Ma chère, rétorqua Roland Fouy, tu as écarté tous les livres que nous aimions. J’ai le regret de te dire que cette liste finale ne comporte que des livres qui se trouvent là par défaut.
Tous les regards se tournèrent vers Pierre Mao qui ne s’était pas encore exprimé.
— Bien évidemment, j’ai lu les cinq livres, mentit-il.
Le choix devait s’effectuer en réalité entre quatre romans puisque l’ouvrage de Chantal Fissa, l’ennemie de Micheline Zebra, était exclu d’office.
Pierre Mao se lança alors dans un monologue à propos des « Hyènes », ce gros roman de mille pages qui était resté dans la dernière sélection sans que personne ne l’ait jamais défendu. L’autrice, Juliette Sacramentel, étant inconnue, c’était peut-être la raison pour laquelle Micheline Zébra ne l’avait pas dégommée.
Comme les autres, Pierre Mao n’avait pas ouvert le livre mais il en avait lu le résumé sur Internet. Les quelques éléments d’information qu’il avait pu glaner à son sujet, et la soudaine attention dont il faisait l’objet, lui insufflèrent l’inspiration nécessaire.
— C’est un livre qui nous parle de NOUS. De notre présent. C’est la traduction romanesque des observations faites par Guy Debord (Pierre Mao n’avait jamais lu « La Société du spectacle » mais il en avait entendu parler).
Micheline Zébra l’écoutait avec une attention particulière qui enflamma son imagination. Au moment où il parlait, Pierre Mao se dit que susciter l’intérêt et le respect de cette femme était peut-être le but de toute son existence.
Il avait parlé du livre pendant dix bonnes minutes sans en avoir lu une seule ligne mais il s’était montré convaincant. « Les Hyènes » était le roman de notre époque. Il avait prophétisé l’horrible campagne présidentielle, il annonçait des temps nouveaux. Juliette Sacramentel était à l’aube d’une aventure littéraire dont on parlerait encore dans un siècle.
— Pour une fois, c’est une femme qui remporte le prix. J’en suis bouleversée, dit Carole Edmée.
Micheline Zebra applaudit avec un petit sourire ironique.
— Bon, on a notre prix. Avis contraire ?
Puis elle ajouta :
— Vu les circonstances, nous sommes bien obligés de suivre votre avis. Allez, on passe au dessert ?
L’annonce pouvait attendre encore un peu.
La presse salua l’audace du prix Anatole France. « Les Hyènes » devint le succès de l’été. Pierre Mao publia sa biographie d’Eugène Fromentin à la rentrée.
Disposant désormais d’une chronique régulière dans un journal, il commença à recevoir des livres écrits par des célébrités mais, trop accaparé par la rédaction d’une deuxième biographie, consacrée cette fois à Anatole France, il n’avait pas le temps de les lire. Avant de garnir la boîte à livres de sa rue, il découpait les dédicaces, ému de voir ces gens qu’il n’avait jamais rencontrés l’assurer de leur amitié.

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