Fiction

Les secrets du Wu-Tang

Inspiré de faits réels

27/04/2022

Les mystères du groupe new-yorkais The Wu-Tang Clan sont épais comme les casiers judiciaires de leurs membres. L’étudiant en cinéma Petit Louis, originaire de Brooklyn, va se lancer dans une surprenante aventure : réaliser le documentaire ULTIME sur les Rolling Stones du hip-hop.

Chapitre 1 – La métaphysique de Popa Wu

Petit Louis les suit partout. Un die hard fan. Il se trimbale toujours avec lui un album maouss rempli de photos du groupe mondialement connu sous le nom de Wu-Tang Clan. Laisse-moi éclairer un instant ta petite lanterne dans ce tunnel profond, long et souvent obscur qu’est la genèse d’un groupe miraculeux.
En 2015, Petit Louis a 17 ans quand, à la fin d’un concert, il touche son rêve du doigt : il réussit à approcher RZA, le leader maximo du groupe lui dédicace le vinyl, spécialement apporté pour l’occasion, l’album 36 Chambers – une édition originale achetée sur eBay, pour le prix d’un organe, mec ! Et ce disque, il le garde précieusement dans un tiroir de sa chambre, comme une relique, comme la photo d’une apparition de Jésus au milieu des Queensbridge Houses. Le Wu-Tang, c’est les Rolling Stones du rap. Si ton daron a déjà vibré sur le son d’un riff du delta (on parle du Mississipi hein ?), la simple évocation du nom des Rolling Stones suffira à le faire entrer en transe. RZA, c’est Mick Jagger, tout simplement. Mets-toi ça en tête avant d’écouter cette histoire. C’est le plus grand groupe de rap de la planète. Et toute cette histoire a commencé dans un quartier de New York que les touristes ont toujours snobé : Staten Island.

C’est là-bas, en 2016, dans les HLM de Park Hill de la rive Nord que l’histoire de Petit Louis commence vraiment. Ce n’est pas à proprement parler un type de Shaolin (surnom de Staten Island). Il a grandi du côté de New Lots à Brooklyn. Mais un paquet d’aller-retour en ferry depuis Manhattan plus tard, les types du quartier le connaissent tous. Petit Louis bosse sur le tournage d’un épisode de la série dystopique Blumhouse, American Nightmare. Un de ces petits jobs ingrats entre photocopies et catering mais du moment que Petit Louis se documente sur le Wu auprès des habitants, ça lui va. C’est là que sa persévérance et son culot paient : il rencontre Popa Wu et lui propose l’idée d’un documentaire sur le Wu-Tang.
Popa Wu, c’est une montagne, fringué à l’ancienne, jeans larges, jersey triple XL et doo rag, le mec a survécu à l’épidémie de crack et à deux trois présidents républicains dont le passe-temps favori était de chier sur la tête des Noirs.
C’est lui qui gère tout le truc dans ce labyrinthe ésotérique qu’est le Wu-Tang. Imaginez le tumulte intersidéral dans le crâne de feu d’Ol’Dirty Bastard, membre du clan considéré comme le fou du roi et mort d’une overdose le 13 novembre 2004… Qui d’autre aurait pu gérer une éruption volcanique aussi dingue ?
Connu sous le pseudo de Freedom Allah, Popa Wu est un type très introduit dans la secte des 5 %, un groupe de Noirs mystiques qui croient en la Sainte Trinité Noir de l’Alphabet et des Mathématiques Suprêmes. En gros, le truc est une religion nouvelle censée libérer le Noir d’un christianisme aliénant et supposément raciste. Petit Louis vous dira que si vous analysez bien les lyrics du premier skeud du Wu, 36 Chambers : Enter the Wu-Tang vous verrez tout l’héritage et l’influence de Popa Wu.
Ce que ne sait pas encore Petit Louis à ce moment-là, c’est que Popa Wu mourra un an plus tard, le 17 décembre 2017, dans sa maison de Brooklyn, à l’âge de 63 ans.

Début février de la nouvelle année, Petit Louis se rend à une petite cérémonie qui se tient dans un temple islamique à Brownsville. Conformément à ses dernières volontés, le corps de Popa Wu est incinéré, et ses cendres dispersées dans l’Atlantique. C’est l’étrange rumeur qui a couru toute la matinée, encore un des ces mystères épais et opaques dont s’entoure la dynastie du Wu.
Les sages peuvent lire la vérité dans les chiffres, le vent et la mer. La poussière à la poussière, la cendre à la puissance océanique. C’est le Nouveau Paradigme.
À la cérémonie, Petit Louis écoute religieusement des vétérans des années 80 et 90 louer les qualités de Popa Wu. Des histoires fascinantes. Petit Louis apprend que Popa Wu était le cousin de Robert Diggs (RZA), et qu’il était aussi de la famille de Gary Grice (GZA, le Keith Richards du groupe) et de Russel Jones (ODB, paix à son âme) et qu’il leur a sans doute appris les bases de la Nation des Dieux et des Planètes. Pas de doute possible, Popa Wu a joué un rôle crucial et méconnu dans l’histoire du Wu.

Quand Petit Louis sort du temple, il jette un regard à la rue. Livonia Avenue baigne dans son jus acide. Pas le genre de spot instagrammable et c’est tant mieux. Petit Louis se souvient des heures qu’il a passées à écouter les histoires de Popa Wu, intarissable sur la métaphysique du Clan. Un jour qu’il doit emmener son petit cousin Samy voir le film John Wick, Popa Wu l’appelle pour lui dire de rappliquer dare-dare à Shaolin parce que RZA est de passage. Il veut lui parler de cette histoire de documentaire. Le cousin de Petit Louis, Sammy, commence à faire l’enfant gâté genre merde on va rater la séance.
— Yo ferme-la, tu te rends compte que ce mec, Popa Wu, est un OG ? En argot de la rue, OG, Original Gangster, ça veut dire Ancien ou Vétéran. Le type qui a tout vu, tout fait, quoi.
— Respecte l’architecte, okay ? lâche Petit Louis.
Sammy fait sa tête de petit Bull terrier battu, en fixant ses rééditions Jordan V.
— Ok, Louis. Mais laisse-moi juste te poser une question : pourquoi tu me prends la tête avec toutes ces histoires alors que t’as que cinq ans de plus que moi ? Genre, t’as pas connu cette époque et tu te la joues c’était mieux avant ?
— Ah non, j’ai jamais dit que c’était mieux avant. C’était différent avant.
— Moi je te dis que tout ça, c’était déjà vieux avant, ricane Sammy.

Popa Wu donne rendez-vous à Petit Louis au coin de l’avenue Vanderbilt et de la rue Targee à Clifton. Il apprend rapidement la géographie du Wu : Park Hill apartments aussi surnommés killa hill projects, sur la rive nord, Stapleton Houses, la partie HLM du secteur, New Brighton avec les cités Cassidy Lafayette et Richmond Terrace sur la rue Jersey. Petit Louis veut faire durer le moment. Popa Wu pourrait lui révéler encore d’autres anecdotes.
« Reviens un autre jour mon pote et peut-être que je t’en dirai plus. »
C’est comme partager des secrets de famille avec les Stones. Imagine que tu en saches un peu plus sur la mort de Brian Jones, retrouvé au fond de la piscine de sa maison Cotchford Farm dans le Sussex ? Sur l’incapacité du gonze, fracassé aux amphétamines, de jouer de l’orgue sur le titre « All Along the Watchtower » de Jimi Hendrix ? Sans parler des histoires d’hôtel et de beuveries, de groupies et de sexe pas très safe, de fesses et de fric, de rats et de contrats.

Petit Louis squatte un petit appartement de Park Hill. Il est devenu pote avec Jake, un résident du quartier. Un OG. La cinquantaine plutôt athlétique, l’homme est un ancien de la Nation des 5 % et a plein d’histoires de guerre à raconter. Le soleil se couche sur les HLM en brique brune. C’est comme un embrasement, un genre d’épiphanie flamboyante qui éradiquerait de votre esprit pendant quelques instants toute pensée ou envie peccamineuse. Petit Louis est comme transporté par cette passion christique : Staten Island est comme le mont Golgotha. Le fils de Dieu, lui, ne porte plus de croix, il est coincé dans un ascenseur en panne qui pue la pisse, avec une mère toxico et son fils de six ans.

L’office de tourisme faisait l’article pour la ville de New York dans les années 60 : The Fun City. Elle deviendra 15 ans plus tard Fear City. Visions hallucinées des années 80, jusqu’à la moitié des années 90. Les quartiers HLM de New York, le berceau du gangsta rap. Le Wu. Des putains de crapules !

Comment trouver l’oseille pour financer le documentaire ? Petit Louis cogite un bon moment. Le soleil va encore se coucher une fois sur les HLM de Park Hill. Il veut profiter de ce moment incroyable. Demain il aura d’autres moines à voir. Petit Louis veut en savoir plus. Rien à foutre du film John Wick. Il amènera son cousin voir Popa Wu.

Chapitre 2 – Le cinéma de RZA

Le sexagénaire, Popa Wu, l’éminence grise du Wu-Tang, est toujours prompt à irradier de sa science des esprits jeunes fragilisés par l’essor des réseaux sociaux. Il insiste souvent sur le caractère insulaire de la mentalité du Wu-Tang. Petit Louis réalise alors que Staten Island est une île dortoir pour ouvriers pompiers et flics blancs, et que l’office HLM de la ville de New York possède quelques logements disséminés sur l’île, majoritairement peuplés de Noirs, dans des zones vraiment craignos à l’orée des 80’s.

Et il est fier de présenter Robert Diggs aka RZA à Petit Louis et Sammy. Quand ce dernier entend Petit Louis lui exposer timidement l’idée d’un documentaire, il soupire. Encore un documentaire ? Et qu’est-ce que ça va raconter de plus que les autres documentaires ? Petit Louis n’a pas de réponse à cette question piège. Il balbutie, comme un fan qui rencontre son idole (t’imagines un fan des Stones pris en sandwich veggie entre Mick Jagger et Charlie Watts ?). Mais Petit Louis doit se ressaisir. C’est un New-Yorkais pur jus, un type de Washington Heights, street smart. Il faut l’être pour survivre dans ces rues. La devise c’est : do or die. Marche ou crève. Petit Louis est un étudiant en cinéma à NYU, mais d’extraction prolétarienne. Il ne doit pas se sentir minuscule et insignifiant devant RZA, le resurrector, celui qui ressuscite les âmes mortes.
Robert Fitzgerald Diggs. Né un 5 juillet 1969 à Brownsville, Brooklyn. Sa mère était une fan du clan Kennedy. Dingue non ? C’est plutôt loin de New York que le petit Diggs passe une partie de son adolescence, entre Steubenville, Ohio, où sa mère s’est installée, et Pittsburgh, Pennsylvanie, où son père tient une petite épicerie de quartier. Il valait mieux quitter New York et sa surpopulation, et pour Robert et sa famille, ce n’était pas juste une expression que l’on pouvait lire dans les journaux : ils s’entassaient à dix-huit dans un appartement de trois pièces dans les HLM de Staten Island.

Impossible de caler l’essence du Wu à quelques posts sur Instagram… Impossible de télécharger un tel flux d’âmes ultra magnétiques sans risquer une dissolution existentielle, une crémation ontologique, voire une annihilation algorithmique.

Imagine un ado de New York traînant ses guêtres, non, ses sneakers sales sur le bitume grisâtre d’une ville comme Steubenville ? Steubenville, c’est un piège à touristes… dans le sens mortel du terme ! Tu penses choper un peu de cet esprit « campagnard et rural » de l’Ohio profond et tu tombes sur un coin vraiment sordide où les balles perdues pleuvent, surtout du côté de Pleasant Heights (ne te laisse pas berner par le nom !) et de l’épicentre criminologique de Maxwell Avenue, où des Crips et des Bloods (des gangs de L.A. à la base qui se sont propagés dans toute l’Amérique, comme une sale métastase à bandana rouge ou bleu) se font la guerre pour quelques kilomètres carrés d’asphalte craquelé et poussiéreux. C’est là que le jeune Robert Diggs se fourre dans des embrouilles plus grosses que lui et se retrouve pris dans une fusillade. Et puis tombe une accusation de tentative de meurtre. Le chef d’inculpation est sérieux. Imagine Mick Jagger au début des années soixante s’embrouillant avec un type à la gare de Dartford dans le Kent et se retrouvant dans une sombre histoire d’agression à l’arme blanche ? Flippant, nan ? Robert « RZA » Diggs n’est pas un descendant des Kennedy malgré son blaze, ça tu l’avais compris… Et le juge blanc qui pourrait bien l’envoyer derrière les barreaux pour au moins dix ans, non plusaussi ! Un corps noir de plus dans cette machine folle de l’incarcération de masse. En 1992, Robert a 22 ans et l’État de l’Ohio veut lui coller huit ans de prison ferme. Mais ce jour-là, il a de la chance. Les jurés sortent de la salle de délibération avec le verdict : non coupable ! Robert Diggs est libre.

Le truc que beaucoup de gens ne savent pas, c’est qu’avant la période Steubenville, RZA a grandi entre Brownsville à Brooklyn et Staten Island. Et ce que RZA aime à Staten Island, c’est que l’île ne manque pas d’endroits ou l’on peut respirer. Quand il était môme et qu’il essayait de survivre dans son HLM de Marcus Garvey Village dans l’intestin grêle de Brownsville (The Ville pour les locaux), il ne trouvait pas d’espaces neutres, d’espaces qui n’étaient pas des « turfs », ces territoires de bandes incrustés dans les HLM. Juste pour aller saluer son cousin dans les cités Van Dyke, il devait traverser au moins quatre cités, et parfois chaque immeuble de la cité constituait un turf indépendant. Et il devait toujours être sur ses gardes, car le danger pouvait venir de partout et de nulle part. À Staten Island, contrairement à Brownsville, il n’y a pas 53 000 habitants qui s’entassent sur 3 kilomètres carrés de HLM en briques rouges et brunes. À Staten Island, RZA découvre les petites maisons ouvrières et les manoirs bourgeois, les demeures néo-coloniales d’héritage hollandais sur Van Duzer Street. Il sent l’argent et l’opulence derrière les lourdes portes en bois massif. Des bibliothèques garnies d’ouvrages aux reliures de cuir, des tapis persans recouvrant un parquet en bois massif de Hongrie, et des fortunes bâties sur des génocides, forgées dans la terreur et l’exploitation.
Gamin, après une tempête de neige, il n’hésite pas à proposer ses services aux riches propriétaires, pelle à la main. De vieux aristos blancs donnent 15 dollars à ce gamin noir des cités pour qu’il déblaie la neige qui obstrue leurs allées. Bloqué à un feu rouge sur Vanderbilt, le proprio aurait verrouillé la portière de sa luxueuse berline allemande à la vue d’un kid des cités de Park Hill, priant Dieu pour que le feu passe rapidement au vert. Mais là, le couple est chez lui, dans ce mouchoir de soie de Staten Island. Park Hill est déjà un autre monde, séparé de Van Duzer par une ligne de frontières à la fois physiques et psychiques.

Petit Louis marche sur Van Duzer avec RZA et Popa Wu. Il imagine le jeune Robert Diggs enfoncer la lame de sa pelle dans la neige épaisse, la tête encapuchonnée, concentrée sur sa tâche, la même concentration qu’il faudra, quinze ans plus tard, pour accoucher d’un maxi monstrueux très justement appelé Protect Ya Neck.

Petit Louis et RZA vont chiller ensemble pendant quelque temps. C’est juste avant l’inauguration du Wu District à Staten Island le 4 mai 2019 en présence de la conseillère municipale Debi Rose. La plaque Wu District est apposée entre celle de l’avenue Vanderbilt et de la rue Targee. Maintenant, tu sais que l’adresse est disponible dans les bons guides touristiques.
Dans les années 90, sur l’île de Shaolin, le baggy faisait le moine. À la fin de la décennie 2010, Petit Louis est encore dans ce délire-là : un jean oversize, une veste de travail Carhartt et une paire de Timb’ contrairement à son cousin Sammy qui arbore un jean patché et moulant sur une paire de Yeezy. Avec RZA, le courant passe bien. Tellement bien qu’il lui raconte une anecdote vraiment marrante, comme la fois où il avait fait cette interview dans une grande baignoire avec deux journalistes parisiens un peu dingues. La baignoire était vraiment grande, elle pouvait contenir sans problème au moins trois personnes, du marbre partout, et la salle de bain respirait l’abondance et l’opulence avec tous ces produits européens aux prix astrophysiques. Le magazine s’appelait Digital Hip-Hop, le premier magazine de hip-hop au monde avec un DVD. Les deux journaleux parisiens ne l’avaient pas lâché, une heure de tchatche à bâtons rompus, avec des demandes d’éclaircissements sur tel segment de chanson, des digressions sur la métrique et la poétique contenue dans la verve du résurrecteur, des explications pointues sur la dépression du champ lexical, les crash linguistiques et autres embardées phonétiques. Les mecs étaient dingues, soupire RZA.
Il explique ensuite à Petit Louis à quel point la culture vidéo club a été importante juste après la fermeture des cinémas double programme sur la 42e rue. C’est RZA, le chaînon manquant, entre Jim Jarmusch et Quentin Tarantino.

Il en a bouffé, RZA, du bitume new-yorkais, ce béton jaune pisse d’ou émane parfois des odeurs de fruits tropicaux pourris. RZA propose à Petit Louis de refaire le même trajet tortueux dans les rues de Manhattan. Bon, vingt ans ont passé et la ville est maintenant totalement méconnaissable, surtout pour RZA, qui a connu le grand Paradigme du Crack dans les années 80. Petit Louis, lui, n’a connu que la version Disney de la 42e rue. Fini Blanche Neige (héroïne ou cocaïne ?) et les 7 petits nains crack heads ou lubriques, fini le spectacle de Cendrillon finissant sa journée sur les rotules, après avoir vendu sa chatte huit heures d’affilée. Aujourd’hui, ici, sur le Deuce, c’est le royaume des M&M’s et de la reine des neiges.
À un moment, à force de rouler sur ces avenues hypnotiques, Petit Louis a des hallucinations. Il croit voir des pigeons voler en escadrille au-dessus du Van Astro. Les rues de Manhattan sont presque décomposées en samples bariolés, les éléments verticaux de la ville virent à l’horizontale et vice versa. Très vite, Petit Louis a envie de vomir, mais jamais il n’oserait saloper le cuir frais de l’habitacle du rutilant SUV de RZA.

Au début des années 80, la navette Manhattan-Staten Island, c’était légendaire. RZA raconte à Petit Louis que les lascars avaient l’habitude d’acheter des joints à des jeunes types cool des cités à l’intérieur du bateau et puis d’aller les fumer sur le pont. Le samedi soir, quand le bateau rentrait à Staten Island, il était aussi plein de couche-tard bagarreurs pas encore descendus de leur trip nocturne et bruyant à Manhattan, et tu pouvais sévèrement te faire rosser en cas d’accrochage.
RZA et son cousin Vince de Brownsville rejoignaient The City, surnom chicos de Manhattan pour aller voir des films de kung-fu dans le quartier des cinémas, sur la 42e. Pas mal de kung-fu, beaucoup de salles spécialisées dans le porno – et tenues par des familles mafieuses comme les Gambino. RZA pouvait voir trois films pour la modique somme d’un dollar cinquante. Des héroïnomanes se payaient un siège pour la journée, juste pour planer peinard. Les salles abritaient aussi beaucoup de sniffeurs de colle. Voilà comment New York était avant l’arrivée du Nouveau Paradigme immobilier. Les séances du matin commençaient à 10 heures et le jeune Robert Diggs passait la journée au ciné, et puis repartait vers 17 heures. Voilà le programme scolaire de RZA en 1978 : du film de kung-fu, de cape et d’épée, hongkongais non stop. C’est dans ces cinéma glauques, assis entre un héroïnomane et un pervers que RZA a une révélation, un peu floue – il n’avait que 9 ans après tout. Il sentait dans son corps et son esprit que son avenir se dessinerait dans ces salles obscures. Qu’il deviendrait quelqu’un, un type important à Gotham, peut-être même une légende, comme Batman ou le Cow-boy à poil de Times Square. Petit Louis est un fou de cinéma. Il a envie que RZA lui raconte l’histoire de la connexion avec Tarantino. La rencontre pas si improbable que ça d’un petit délinquant noir de Staten Island et d’un jeune branleur blanc issu de la petite classe moyenne de Torrance, banlieue sud neurasthénique de L.A. Tarantino lâche l’école à l’âge de 15 ans pour bosser comme projectionniste dans un cinéma porno, après avoir fait quelques conneries d’ado un peu attardé. Tarantino finira par intégrer la petite équipe du mythique vidéo club Video Archives à Hermosa Beach dans lequel il travaillera plus de cinq ans et regardera des centaines de films de genre.
Petit Louis ne perd pas un mot qui sort de la bouche de RZA, une bouche débarrassée du grillz qu’il portait à l’époque de la sortie de Protect Ya Neck, le disque qui a propulsé le groupe dans la cour des grands, l’équivalent de « I can’t get no (Satisfaction) ».

RZA fume un gros joint tout en lui expliquant à quel point les films de kung-fu ont été importants pour lui :
— Quentin est vraiment à fond dans ces trucs-là. Tu vois la meuf dans Kill Bill (Uma Thurman) ? Elle est habillée comme Bruce Lee dans le film Le Jeu de la mort. Beaucoup de critiques snobs ne captaient pas la référence parce que ces messieurs dédaignaient les films de série B, les séries Z, et tout ce putain de cinéma bis…

Petit Louis veut aussi savoir pour la bande originale de Kill Bill. Comment Tarantino a contacté RZA ? Est-ce que Tarantino est venu à Park Hill, dans le fief du Wu ? RZA rigole encore plus fort.
— Non, mais tu imagines Quentin marcher dans la cité en demandant à des locataires : Je cherche Prince Rakeem – l’autre surnom de RZA – mais où est Prince Rakeem… On lui aurait répondu, écoutez Monsieur l’agent, je cherche pas d’histoire alors laissez-moi tranquille.

Mais avant la connexion avec Tarantino, il y a eu la rencontre avec le réalisateur new-yorkais Jim Jarmush. En 1999, Jim Jarmush sort Ghost Dog, son classique, avec Forest Whitaker dans le rôle-titre. L’histoire d’un tueur à gages à la dégaine de thug qui se prend pour un samouraï. Ce qui est incroyable, dans le work in progress de la BO de Ghost Dog, c’est la manière dont Jarmush a dû littéralement pister RZA dans toute la ville. RZA lui donnait rendez-vous dans des coins paumés de New York. Confortablement installé dans son Van Chevrolet Astro, équipé d’un mini studio d’enregistrement vintage, il lui filait la musique au compte-gouttes, bande par bande. RZA est insomniaque comme Travis Bickle, le personnage du film Taxi Driver de Martin Scorsese. Même s’il est entouré en permanence de sa clique, RZA reste un homme solitaire, torturé et tortueux. On pourrait même reprendre la formule de Travis pour décrire les tourments de RZA : « I’m God’s lonely man ».

Et pourtant, grâce à RZA, au Wu, les cinéma chinois et hongkongais d’arts martiaux vont connaître un succès fulgurant aux États-Unis et en Europe. Les cassettes VHS originales de ces films s’arrachent un peu partout à des prix d’or et ont créé une espèce de Wu-tang Mania où se mêlent mélomanes, cinéphiles, geeks et collectionneurs weirdos du monde entier. Des fans vont ouvrir blogs et forums spécialisés, avec possibilité de télécharger en toute illégalité des classiques du genre comme Shaolin contre Wu Tong, la 36e chambre de Shaolin, Mad Mad Kung Fu, connu sous le titre Ol’Dirty and the Bastard aux US…. Des films auxquels les membres doivent leurs noms et des titres de leur discographie. Le groupe va aussi populariser le cinéma plutôt badass d’un réalisateur peu connu à l’époque, John Woo, en samplant des dialogues d’un film culte sorti en 1989, The Killer.

Petit Louis a une révélation : il va faire un documentaire Bis sur RZA et sa clique, avec en prime une apparition surprise de Tarantino. Ouais, ça serait dingue de réunir Quentin et Robert le temps d’une interview croisée. Petit Louis est super impatient dans le van, quand RZA lui dit qu’il va lui présenter les autres membres du groupe.
— Allez, on retourne à Park Hill, j’en ai ma claque de Manhattan, tonne RZA avant de prendre la direction du pont Verrazano. Tu tiens une bonne histoire, fils : 9 moines qui ont reçu la vérité du Dieu Noir lui-même et qui ont décidé d’enseigner les suprêmes mathématiques à leur communauté en état de mort cérébrale. Mais le chemin est semé d’embuches : flics corrompus, traîtres et balances, politiciens véreux, gangsters sans pause et rebelles sans causes, promoteurs immobiliers, junk food, came, débits de boissons alcoolisés, jeu de hasard, prostituées…
Petit Louis se contente de hocher la tête, fasciné par la succession monotone et lancinante des appartements de Park Hill qu’il voit à travers la vitre du van. Il est deux heures du mat’.

Chapitre 3 – Le secret du temple

Il était une fois 9 moines, réunis dans un îlot insalubre de pauvreté et de criminalité de la ville de Babylone, dans un quartier de Clifton/Park Hill, connu par ses habitants sous le nom de Killa Hill. Cette vieille femme à la fenêtre de son HLM, elle les a bien connus. Mais elle n’ouvre pas quand Petit Louis tape à sa porte. Elle lui dit, d’une voix un peu craintive : « Ici les démons régnaient avant l’arrivée des Moines. »

Les moines fantassins, la base, le pilier, le noyau dur (hard to the core baby) : RZA et GZA, Gary Grice pour l’état civil de la mairie de Brooklyn. Gary, c’est le premier à avoir imaginé la vie dans le ghetto comme une partie d’échec. Mais le GZA, c’est l’incarnation même de la diagonale du fou.
La ville de Park Hill et ses habitants sont en danger. Un autre genre de Shogun : une mixture immonde de complexe industrialo-carcéral, de haine de soi et de Black on Black crime menace la communauté noire et brune de Staten Island. GZA est comme Ogami, le redoutable exécuteur nippon de l’empereur Shogun. Il n’a pas peur de la bête mais la bête a peur de lui. Les démons de la drogue et des armes se nourrissent de corps noirs et d’âmes perdues, chaque jour est une nouvelle hécatombe ; les familles pleurent leurs proches dans des mausolées au bord d’autoroutes spectrales. Mais pour sauver Park Hill des ninjas de la greediness des promoteurs sans scrupules il fallait recruter. Des moines soldats que la vérité numérologique et mystique avait visité une nuit, et depuis, ces hommes n’ont cessé de penser à la sauvegarde de Staten Island et de ses habitants.
Recruter, toujours plus toujours mieux, comme cet autre membre de la famille Diggs, un moine bourré et adepte de la danse de l’homme ivre qui pourrait être d’une grande aide : Russel Jones pour son contrôleur judiciaire. Et qui se ferait appeler plus tard Ol’Dirty Bastard. Si RZA et GZA sont les scientistes de la clique, ODB est le fou du roi, le trublion.
Il faut aussi une paire de fidèles soldats sur laquelle compter pour aller porter le fer et la bonne parole en lignes ennemies. Deux types traînent leur spleen et leur ennui, ainsi que des casiers judiciaires qui commencent à s’alourdir, sur les terrains de basket de Park Hill. Une paire inséparable. Pourtant, au début, ces deux gars se détestaient cordialement, au point que quand RZA les a conviés à leur première session studio, ils sont venus tous les deux enfouraillés. Les mug shots du commissariat de la rive nord de Staten Island les ont figés pour l’éternité arborant une expression faciale mi-boudeuse mi-arrogante : Dennis Coles aka Ghostface Killah et Corey Woods aka Raekwon the Chief. La paire aime les Cuban linx, ces grosses chaînes de dealers, et fait les 400 coups dans les HLM de Shaolin.
Quand Petit Louis demande à Dennis Coles pourquoi dans la rue on l’appelait le Ghost Face Killer, le colosse sourit et lui explique qu’il était en cavale pendant l’enregistrement du premier album du Wu, 36 Chambers, en 1993. Le masque du fantôme ce n’est pas juste un gimmick pour Dennis qui a été incarcéré pour la première fois à l’âge de 15 ans. Le binôme va cracher un album dur de chez dur en 1995, Only Built 4 Cuban Linx, un album auquel Raekwon donnait le nom de Purple Tape, en référence aux codes couleurs utilisés par les dealers pour identifier une marchandise de qualité dans la rue.

Des guerres d’hiver et de sanglants solstices d’été n’allaient pas tarder à s’installer sur ces rivages désolés, suivies d’éclipses balistiques, d’errements itératifs et de blitzkriegs déments. Des lunes gorgées de sang auraient été visibles depuis les fenêtres des HLM, pendant des nuits flasques où l’on entendait souvent le claquement de la culasse d’un flingue testé depuis le rooftop d’un building. Bientôt les seuls pops qui y résonneront seront ceux des bouteilles de champagne et les rires légers autour de verres de mojitos.

Petit Louis explique à son cousin Sammy que le Wu, c’est avant tout le résultat d’un ravage socio-économique : les Reaganomics. Les moines ont grandi pendant cette période particulière des années 80 où Washington opérait des coupes – de boucher ! – dans les budgets de l’éducation, des aides sociales et de la culture. C’est la période où les riches devenaient de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Période à la fois obscène et vertigineuse.
— Et ça a produit des mecs comme Patrick Bateman, lâche Petit Louis.
— Yo, c’est qui Patrick Bateman ?
— C’est le personnage du film American Psycho. Golden boy la journée, tueur en série la nuit. C’est une putain de métaphore du capitalisme cannibale, si tu veux mon avis ! Bon, je dois aller retrouver Jason Hunter à Park Hill.
— C’est qui Jason Hunter ? demande Sammy.
— Un des neuf moines de l’île de Shaolin.
— Et qu’est-ce que tu lui veux à ce type ?
— Il va m’expliquer l’histoire de la relique.
— C’est quoi une relique?
— Un album unique, intitulé Once Upon a Time in Shaolin, accompagné d’un livre de 174 pages. Ils l’ont vendu 2 millions de dollars à un type qui fait du business, un type étrange
— C’est le CD le plus cher du monde ?
— Yep… Quand tu débourses 5 000 dollars pour un disque rare comme A Fleeting Glance, c’est déja genre le disque le plus cher au monde, mais je te parle d’un disque fabriqué en un seul exemplaire, tu vois ce que je veux dire? Jason Hunter avait l’habitude de poser son blase de graffiti sur les métros de Gotham. Il se faisait appeler Deck. Plus tard, un autre moine, Lamont Hawkins aka U-God, lui trouvera un autre nom : Inspectah.
Son nom de rappeur est directement tiré du dessin animé La Panthère Rose, imaginé par Friz Feleng. On y suit les aventures d’un inspecteur de police parisien, Jacques Clouseau. Quel rapport entre un jeune graffeur new-yorkais et un flic français d’opérette ? En prison, Jason a eu beaucoup de temps pour réfléchir sur les affiliations de quartier, sur qui avait probablement balancé qui, enfin tout cet algèbre complexe de la rue que seuls les initiés connaissent : alors son pote Lamont imitait la voix du dessin animé en désignant Jason et en faisant longuement traîner la dernière syllabe : Inspectaaah.

Petit Louis explique à Jason qu’il est en train de réaliser un documentaire sur le Wu-Tang, sur leur apport à la pop culture, leur influence sur la mode, le cinéma bla bla bla, et qu’il a été directement adoubé par Popa Wu et Robert Diggs. Et d’une voix mal assurée, il l’interroge sur cet album unique. Jason étire sa longue carcasse. Vu son gabarit, il aurait pu traverser une ligne complète avec un ballon collé au torse et enchaîner les touchdowns si un environnement toxique n’en avait pas décidé autrement. Il répond dans un sourire :
— La relique ? On l’a vendu à un type appelé Martin Shkreli. Un double album.
— Des gens disent que le disque n’a pas été enregistré pour le Wu-Tang mais pour un affilié, Cilvaringz, lâche Petit Louis d’une voix timide.
— Plein de versions circulent sur cet album. C’est un véritable mystère.
— Il y a vraiment un livre manuscrit en parchemin ? demande Petit Louis
— Ouais, et le coffret est en argent et en nickel. Un accord a été signé entre nous et Shkreli. L’album devra être commercialisé en 2103.
— Merde, on sera tous morts ! Pourquoi 2103 ?
— Parce que c’est l’année ou une forme d’intelligence extraterrestre viendra visiter Staten Island et toute l’île de Shaolin. Le disque sera un manuel pour apprendre ce qu’a été la vie sur terre mon pote, avant que le monde ne s’éteigne. BIBLE : BASIC INSTRUCTIONS BEFORE LEAVING EARTH.
Voila, Petit Louis a résolu le dernier mystère du Wu. Jason le raccompagne jusqu’au Ferry, dans sa vieille Toyota Camry.

Chapter 1 – The metaphysics of Popa Wu

As any other die-hard fan would, Lil’Louis followed them around everywhere. He always schlepped with him a massive photo album of the internationally famous group named Wu-Tang Clan. Allow me to briefly light your little lanterns and guide the way in what can be considered the pitch dark, a long and deep hallway that characterizes the genesis of this miraculous group.

In 2015, when Lil’Louis was seventeen, the end of a concert was the moment his biggest dream had come true: He managed to approach RZA, the de facto leader of the group, and had him sign the vinyl he’d bought off Ebay especially for the occasion: The original edition of the album 36 Chambers that had cost him a goddamn arm and a leg! Now that record is carefully stowed in a drawer in his room like a relic, with the same care that pictures of Jesus’s resurrection get in the middle of Queensbridge Houses. The Wu-Tang are arguably the Rolling Stones of rap. If your old man has ever danced to a riff from the delta (we’re talking about Mississippi of course), the mere mention of the name Rolling Stones would be enough to send him into a trance or to even make him levitate, if he’s a yogi. Simply put, RZA is Mick Jagger. Be sure to get that through your head before reading this story. They’re the greatest rap group on the planet. And to think that all of this began in a New York borough that tourists have always turned up their noses at: Staten Island.

Lil’Louis spared no effort, actually, and took many a return trip on the Manhattan-Staten Island Ferry. He isn’t exactly a Staten Island native because he grew up around New Lots in Brooklyn. But now that he’s familiar with the locals, all of Shaolin (Staten Island’s nickname) reveals itself to him. It took him a while to his introduction to this man that could only be seen as the true leader of that cryptic maze that is the Wu-Tang. Take Ol’Dirty Bastard (a member of the clan who died from an OD the 13th of November 2004, considered the joker of the group) and the interplanetary riot raging on in his burning dome (head), for instance. Who else but Popa Wu could have harnessed such an unhinged tornado? He’s the same guy who recently confronted cook/rapper Action Bronson at Sean Price’s wake. Popa Wu is like Andrew Loog Oldham (the strategic and financial mastermind behind the Stones). He’s the group’s spiritual manager. Much like Popa Wu, Lil’Louis can’t stomach any kind of disrespect, and nearly KO’ed his little cousin Sammy with a Kool Aid jug when the kid mistook Sean Price for Sean John. He was like: Who? What? Sean John’s dead? A stupid kid up to date with all the revivals, from doo rags to Sean John’s denims. Except that the dimwit didn’t know about Sean Price, one of the deadliest multi-syllable rhyming terrorists in Brownsville. Lil’Louis’ story begins during the filming of The First Purge (an installment in the dystopian Blumhouse film series) around the Park Hill projects on the North Shore of Shaolin in 2018. Lil’Louis worked on the movie, doing a mix of catering and photocopying, thankless on-set jobs. But it was a big step for Lil’Louis when he started to spend time on the island, garnering information about the Wu from its inhabitants. That’s when Lil’Louis’ tenacity and nerve paid off: he meets Popa Wu and pitches him the idea for a documentary about the Wu-Tang. Popa Wu is a mountain, dressed retro-style – I’m talking big jeans, a triple-X jersey and a doo rag – this dude survived the crack epidemic and three republican presidents whose favorite hobbies were shitting on Black people. Lil’Louis didn’t yet know, however, that Popa Wu would die in his home in Brooklyn a year later, at the age of 63. Popa Wu, A.K.A. Freedom Allah, his pseudonym, was a very well-known member of the Five Percent Nation, a group of black mystics who believe in the Holy Trinity of the Black God, the Supreme Alphabet, and Supreme Mathematics. Basically, it’s a new religion meant to free Black people from a supposedly alienating and racist Christianity. If you analyze the phraseology of the Wu’s first CD, 36 Chambers: Enter the Wu-Tang, Lil’Louis would tell you, you’d be able to see all of Popa Wu’s legacy and influence. Lil’Louis is a huge fan. A die-hard fan of the biggest hip-hop group in history. Popa Wu died on the 17th of December 2017. In early February of the new year, Lil’Louis attended a small ceremony held at a Muslim temple located 318 Livonia Avenue, Brownsville, Brooklyn. In accordance with his last wishes, Popa Wu’s body was cremated, and his ashes may have been scattered in the Atlantic Ocean, since Freedom Allah grew up on Coney Island. The power of the Atlantic conjoined with the numerological complexity of the New Paradigm of the Five Percent Nation. Lil’Louis listened devoutly to the veterans of the 80s and 90s sing Popa Wu’s praises and tell fascinating stories at the ceremony: Popa Wu was friends with people like Robert “Sonny” Carson (before he legally changed his name to Mwlina Lmiri Abubadika), a little troublemaker from the early 70s who wrote an incredible book in 1972: The Education of Sonny Carson. Popa Wu’s role was – without a doubt – crucial, though little-known in the Wu’s history. Lil’Louis learned that Popa Wu was Robert Diggs (RZA)’s cousin, and was also related to Gary Grice (Wu-Tang’s GZA, the Keith Richards of the group) and to Russel Jones (ODB, mentioned above, may he rest in peace), and that he was unquestionably the one who taught them the basics of the Nation of Gods and Earths. When Lil’Louis leaves the temple, his eyes roam the street. Livonia Avenue swims in its acid ether. It isn’t Instagram-worthy, and good riddance. Lil’Louis can remember the hours he spent listening to Popa Wu’s stories – a never-ending source of the Wu’s metaphysics. On a day when Lil’Louis had to take his cousin to see the new John Wick, Popa Wu called him, telling him to get back to Shaolin quickly. Robert (RZA) had swung by, and was down to talk to him about this whole documentary thing. Lil’Louis’ cousin, Sammy, started acting like a spoiled child, like, shit, we’re going to miss the movie.

“Yo, you do realize that this dude (Popa Wu) is an OG, right?”

OG is street slang for Original Gangster. The kind of guy who’s seen and done everything.

Sammy pulled a face like a kicked puppy, and bent his head, focused on his Jordan 5 re-editions.

“Respect the architect, okay?” shot Lil’Louis.

“Fine, man, but just let me ask you one question: why are you getting so into these guys? You’re only five years older than me. Like, you weren’t even around at that time, and you’re acting like it was better before?”

“Nah, I never said that it was better before. It was just different.”

“I’m just sayin’, it was already old before,” cackles Sammy.

Popa Wu and he always meet up on the corner of Vanderbilt Avenue and Targee Street in Clifton, not far from the Park Hill projects. Lil’Louis makes for a quick study of the Wu’s spatial geography. Clifton (Park Hill apartments, A.K.A. the Killa Hill projects, on the North Shore), Stapleton (Stapleton houses, the subsidized part of the area), New Brighton (with the Cassidy-Lafayette and Richmond Terrace houses on Jersey street). Popa Wu often highlights how the island affected the Wu-Tang’s mentality. That’s when Lil’Louis realizes that Staten Island is a dormitory for Caucasian blue-collar workers, firefighters, and cops, and that the NYCHA (New York’s Housing Authority) owns a few buildings scattered around the island, mostly inhabited by Black people, in areas that were truly sketchy at the beginning of the 80s. Lil’Louis wants to know more. He doesn’t give a shit about John Wick. He brings his cousin to meet Popa Wu, the sexagenarian who never shies away from spreading knowledge to young minds corrupted by the growth of social media. And he is proud to introduce them to Robert (RZA). When Lil’Louis shyly pitches his idea for a documentary, Robert Diggs sighs. Another documentary? And what does this one have that the others don’t? Lil’Louis hadn’t planned an answer to this trick question. He stutters, like how fans stutter when they meet their idols (picture a Stones fan in a veggie sandwich between Mick Jagger and Charlie Watts). But Lil’Louis needs to get a hold of himself. He’s a born-and-raised New-Yorker. A guy from Washington Heights, street smart. To survive those streets, you had to be. His motto is do or die. Walk or kick the bucket. Lil’Louis is a film student at NYU, but his family is working-class. He shouldn’t feel so small and insignificant next to the RZA, the Resurrector, reviver of the dead. Robert Fitzgerald Diggs was born the 5th of July 1969 in Brownsville, Brooklyn. His mom was a fan of the Kennedy family. Crazy, right? Little Diggs spent a portion of his teen years pretty far away from New York, in both Steubenville, Ohio, where his mother moved, and Pittsburg, Pennsylvania, where his dad owned a small general store. It was better to leave New York, overpopulated as it was. For Robert and his family, it wasn’t just a journalese turn of phrase, either: there were eighteen of them packed into a three-room apartment in the Staten Island projects. Eyes wide, Lil’Louis hadn’t even turned on the small camera he’d brought. None of these shots would go on Instagram or Facebook. Because that right there was HISTORY. How could Instagram capture a magnetic stream of consciousness like that? without running the risk of an existential dissolution, an ontological cremation, an algorithmic annihilation? Picture a teen dragging his feet, no, his dirty sneakers along the grayish asphalt in a town like Steubenville. ‘Cause Steubenville is a tourist trap, in the deadliest sense of the word. You’d think you’d be getting a taste of the “rural and cottagey” spirit of deep Ohio, but you’d’ve really landed in a super seedy area where stray bullets rain down, especially in areas like Pleasant Heights (don’t let the name fool you) and Maxwell Avenue, the criminal epicenter, where Crips and Bloods (gangs originally from LA who spread all over America, metastasizing like a blue-and-red bandana-ed tumor) wage war over several square miles of dusty cracked asphalt. That is where Robert Diggs got tangled up in trouble bigger than him, which landed him in the middle of a shoot-out. And then? An accusation of attempted murder. That’s a serious charge. Picture Mick Jagger in the early 60s, getting mixed up with a dude at the Dartford station in Kent, and getting caught up in a sketchy case of armed assault. Freaky, right? Robert “RZA” Diggs, despite his first name, isn’t actually one of the Kennedys, and the judge could have easily sentenced him to ten years behind bars. Just another Black body in that insane mass-incarceration machine. In 1992, Robert is twenty-three, and the state of Ohio wants to sentence him to eight years in prison. But he got lucky that day. The jury delivers the verdict: not guilty. Robert Diggs is free. When he goes back to New York, he decides that he will never deal with the American criminal justice system again. He calls it the belly of the beast. Lil’Louis is all ears. A real life-lesson from the OG himself.

“Yo, you can film this you know!” says RZA.

“Oh, for real?”

“Yeah, we’re gonna take a trip around Staten Island.”

Popa Wu smiles.

“I told you Louis, RZA always has time for the fans.”

What a lot of people don’t know is that RZA split his time between Brownsville (Brooklyn) and Staten Island when he was growing up. What RZA likes about Staten Island is that it’s never short on room to breathe. When he was a kid trying to survive the Marcus Garvey Village projects in the bowels of Brownsville (known as The Ville locally), because of all the gang territory embedded in the projects, there were no neutral spaces, spaces that weren’t “turfs”. He had to cross no fewer than four turfs just to see his cousins in the Van Dyke development, and sometimes every single building of the complex was a new turf. He had to be constantly on his guard, danger could come from everywhere and out of nowhere. On Staten Island, however, contrary to Brownsville, there weren’t 53,000 people crammed into three square miles of red-and-brown-brick projects. On Cebra Avenue on Staten Island, RZA found small working-class houses and middle-class manors, and on Van Duzer Street, the Dutch neo-colonial homes. He could almost taste the money and extravagance from behind the heavy solid wood doors. Bookcases decorated with leather-bound books, thick Persian carpets covering solid Hungarian wood floors; fortunes built on genocides and forged in terror and exploitation. As a kid, after a snowstorm, he would offer his services to the rich homeowners, shovel in hand. Old white aristocrats would pay the little Black kid fifteen dollars to shovel the snow blocking their driveway. Had the same man seen a brat from the Park Hill projects while stuck at a red light on Vanderbilt, he would have locked the door of his luxury German sedan and prayed to God that the light turn green. But here, the couple is at home, in the well-heeled area of Staten Island. Park Hill is a whole ‘nother world. There’s a physical and mental barrier between it and Van Duzer.

The three of them walk along Van Duzer. Lil’Louis can picture the young Robert Diggs bundled up in his hat and digging the blade of his shovel into the thick snow, concentrated on the task at hand. That same concentration would be behind the creation of the huge maxi single aptly called Protect Ya Neck fifteen years later.

Chapter 2 – RZA’s cinema

RZA and Lil’Louis would hang out together for a while, in the time just before the Wu District on Staten Island was inaugurated on the 4th of May 2019, before New York City Council member Debi Rose. In good travel guides, you can find the place where the Wu District plaque was fixed between the Vanderbilt Avenue and Targee Street signs. The more you know. If Clifton and Park Hill haven’t yet been devoured by gentrification, it’s only because real estate developers have so far failed to purchase government-subsidized real estate holdings, which is what they have done with the rest of New York. Here’s hoping that they never succeed. The population of the Park Hill area was once majority Black, and now has large Asian and Hispanic communities. It seems that, ever since the filming of The Last Purge in Park Hill, the island has earned a new reputation for the (few) people who had never heard of Shaolin and its drunken monks. It was a fact of life that on the island of Shaolin in the 90s, the baggy jeans made the man. Lil’Louis is wearing oversize jeans, a Carhartt work coat, and a pair of Timbs – as opposed to his cousin Sammy, who sports patched skinny jeans and a pair of Yeezys. Lil’Louis needs no disguise in order to honor a particular tradition. The RZA and he get along well. So well, in fact, that he relates some very funny anecdotes. Like that time when he was interviewed by two slightly loony Parisian journalists in a big bathtub. It was a really big tub, enough to easily fit three people. Oval-shaped and marble everywhere, the bathroom exuded abundance and opulence – plus all the astrophysically expensive European products. Digital Hip-Hop was the name of the magazine, the first hip-hop mag to have a DVD in the world. The two hacks chatted erratically with him for an hour, asking questions about the meaning of a certain segment of a song, going on tangents about the rhythm and the poetry encapsulated in the Resurrector’s verve, asking for specifics about a narrowing in vocabulary, linguistic collisions, or other phonetic swerves. Those guys were insane, sighs RZA.

Then he explains the importance of video rental store culture after double-feature movie theaters on 42nd street closed. The RZA was the missing link between Jim Jarmusch and Quentin Tarantino. It all started on a boat: the Manhattan-Staten Island shuttle ferry. You all know the route, same in winter as in summer: you catch the bus to St. George Terminal landing and then you hop on the ferry. When you get to Battery Park (Manhattan), you get subway line 1 to Chambers Street (that’s right, the Wu are chamber music), then you transfer to the express train (line 2 or 3), and there you are, stomping up the 42nd street tarmac. The Deuce. But before getting there, you had to survive the crossing of the Hudson River. The thugs, RZA tells Lil’Louis, would usually buy blunts from young dudes from the developments who sold pot on the boat, and then went to smoke up on the bridge. Saturday night, when the boat was making the return trip to Staten Island, it would still be full of night owls who were high off the leftovers of their loud nighttime Manhattan trip, and looking for a fight. If you clashed with someone, you could really get beat up. In the early 80s, the Staten Island ferry was legendary. Picture the scene: a glacial wind from the north blowing off the Hudson, and the hearts of the Shaolin grasshoppers still pumping tarnished adrenaline through their veins, white-hot from the vile and sugary cocktail of cheap wine and overly sweet juice, sweating through their down coats and their huge work parkas, itching for a fight with guys even more blazed than them. Some of them probably had gats or biscuits (guns in NY slang) hidden under their double gooses. A fight could break out at any second. RZA and his cousin Vince from Brownsville would go to The City (Manhattan’s chic nickname, as though the other four NY boroughs weren’t a city – but that’s another can of worms) to see kung-fu flics on 42nd in the theater district. A lot of kung-fu and a ton of porno theaters (owned by Mob families like the Gambinos). For only a dollar fifty, RZA could see three movies. Heroin junkies would pay to spend the whole day calmly dozing in a seat. Glue-sniffers also parked in the theaters. That was New York before the New Real Estate Paradigm turned up. The matinees began at 10am and ended at 5pm. In 1978 Robert Diggs would spend his days at the movies. How’s that for a nine-year-old’s school program? Non-stop kung-fu and Hong Kong cloak-and-dagger flics. What made an impression on him at the beginning of the 80s was that the bigger movie theaters that screened karate flics changed their program, switching to the adult film genre – whereas the smaller and shabbier theaters started to project combat films, which were once the miserable paradise for movies that were “educational for the well-informed viewer”. Since Lil’Louis is a film student, he wants the RZA to tell him about his connection to Tarantino. The non-so-unlikely meeting of a little Black delinquent from Staten Island and a young white slacker from the upper-middle class of Torrance, a southern and melancholic LA suburb. Tarantino dropped out when he was 15 to work as a projectionist in an adult movie theater after a few stupid and dimwitted teenage mistakes. And there he was a year later, working in an adult movie theater in the city of fallen angels, the Pussycat, the kind of theater where you can see flics directed by Jack Horner where the lead is played by Dirk Diggler, like the Brock Landers series, or even the actor John Holmes, a priapic addict who was the inspiration for Paul Thomas Anderson’s Boogie Nights. Tarantino ended up joining the small team at the mythical Video Archives video rental store in Hermosa Beach, where he worked for over five years, and where he watched hundreds of genre movies. Not one word that leaves RZA’s mouth is wasted on Lil’Louis, a mouth that has been freed from its grillz, worn during the era around the release of Protect Ya Neck. Protect Ya Neck was the EP that propelled the group to stardom: it was to the Wu what “I can’t get no (Satisfaction)” was to the Stones. If you were tired of the overblown saccharine drivel of R’n’B singers who strolled the perfectly tidy sidewalks of the Avenue of the Americas with their over-polished Salvatore Ferragamo moccasins, well then the music from the Wu-Tang was for you. Gritty, brutal, reeking of the street. That’s how the Stones knocked the Fab Four (The Beatles). It was Kent’s working class against Liverpool’s petty bourgeoisie. Lil’Louis wants to know more about the Kill Bill soundtrack. How did Tarantino get in touch with RZA? Did Tarantino go to Park Hill, the Wu’s stronghold? At this, RZA has a good laugh. “No, but can you imagine Quentin walking through the development, asking the locals: I’m looking for Prince Rakeem (another one of RZA’s nicknames), where can that Prince Rakeem be… They’d have said, listen officer, I’m not looking for no trouble, leave me alone.” But before he connected with Tarantino, he had met the New-York director Jim Jarmusch. The creator of Down by Law vibed with the Resurrector’s sound. But what was really amazing, was that, while Ghost Dog (a Jarmusch classic, starring Forest Whitaker, released in 1999, and whose soundtrack is signed RZA) was still a work in progress, Jarmusch had to literally roam the whole city in search of RZA, who set meeting points in obscure New York areas, sitting comfortably in a Chevrolet Astro van equipped with a miniature vintage recording studio, and fed him the music crumb by crumb, track by track. For RZA is an insomniac like Travis Bickle, the character from Taxi Driver (1976) by Martin Scorsese. You could even paraphrase Travis to accurately describe RZA’s torment: “I’m God’s lonely man.” Even though he always had his crew around him, RZA was solitary, tortured, and complex. Tormented like Abel Ferrara, another underground filmmaker from the city that never sleeps, and the creator of two masterpieces: Bad Lieutenant (1992) and King of New York (1990). RZA has fed off that same New-York tarmac, that piss-yellow concrete that oozes the smell of rotting tropical fruit. RZA offers to take Lil’Louis on the same meandering path through the streets of Manhattan, although twenty years later the city is barely recognizable, especially for RZA, who was around for the Crack Epidemic in the 80s. On his part, Lil’Louis has only ever known the Disney version of 42nd street. No more Snow White (heroin or cocaine?) and the seven crack heads or whores. No more of that spectacle: a totally exhausted Cinderella ducking into a carriage in the form of an old Plymouth with sheepskin on the steering wheel, driven by a pimp not inclined to be kind, at the end of an 8-hour day of selling her body. Here and now on the Deuce, it’s the realm of M&M’s and the Snow Queen. Lil’Louis starts to hallucinate at one point while rolling along the hypnotic streets. He thinks he sees pigeons flying in a sort of squadron formation over the Astro van. The roads of Manhattan unravel into paint strips, the verticals turn into horizontals and vice versa. Pretty soon, Lil’Louis feels like he’ll throw up, but he would never dare to mess up the new leather interior of RZA’s still-gleaming SUV.

RZA smokes a joint as he explains how vital kung-fu flics were to him. Not to discount all that blasphemous blaxploitation: Coffy, Cleopatra Jones, Black Shampoo, Shaft, Foxy Brown, Dolemite. RZA’s laughter grows:

“Quentin’s really into those kinds of things. You know the girl from Kill Bill (Uma Thurman)? She’s dressed like Bruce Lee in the movie The Game of Death. A lot of snobby critics didn’t get that reference because a lot of those sirs don’t acknowledge genre movies, B-movies, Z-movies, and all that fucking obscure cinema.”

And yet, thanks to the Wu, Chinese and Hong Kong martial arts films (and their cloak-less cloak-and-dagger flics) became a resounding success in the United States and Europe. Fans created blogs and generalized or specialized forums, where you could download the genre classics like The Eight-Diagram Pole Fighter (1984), Shaolin and Wu-Tang (1978), The Mystery of Chessboxing (1979), Mad Mad Kung Fu (the American title of Ol’Dirty and the Bastard, 1979), Method Man (1979), Five deadly venoms (1978) perfectly illegally. The original VHS cassettes of those movies can be found all over the place for a premium, and created a sort of Wu-Tang Mania, where melomaniacs, cinephiles, geeks, and weirdo collectors all came together. Without the new wave of kung-fu flics in the 70s, there wouldn’t have been a group called Wu-Tang Clan. They used the names of the films’ characters (hence the name of the MC Ghostface Killah, inspired by the Ghost Faced Killer; Ol’Dirty Bastard; Masta Killa; Method Man, whose name everyone thought was a reference to methamphetamines, but is actually taken from a Xia Zi Ming Da movie, starring Peter Chang. I could go on and on for ages…). The group also shed some limelight on bad-ass movies from the (at the time) little-known director John Woo by sampling dialogue from the 1989 cult film The Killer.

A lightbulb goes off in Lil’Louis’ head. He’s going to make an obscure-style documentary about RZA and his gang.

The self-obsessed high-society documentary filmmaker scene can go fuck itself.

The history is already there, it has, in a way, already been written: nine warrior monks form the worst New York ghettos, Park Hill on the island known as Shaolin, must face the dark forces come to destroy their community with crack, junk food, teleshopping and soap operas. So it’s pretty rough. In every African American household in the ghetto, a family mom worn out by an underpaid and annoying job knocks herself out with blows dealt by TV shows. But not just any TV shows. Your mom and sister are checking out channel zero. You remember what Public Enemy (a super political and afro-centrist New York band, a hip-hop landmark) said in that crazy song “She Watch Channel Zero”: “trouble vision for a sister cause I know she don’t know, I quote her brains retrained by a 24 inch remote.”

A surprise appearance by Tarantino as a bonus. Yeah, it would be pretty cool to get Quentin and Robert in a room together just for a two-person interview. When RZA tells Lil’Louis he’ll introduce him to the other members of the group, he nearly vibrates out of his van seat. The greying Wu royal has taken a liking to this kid, not as much like clingy (weed-clinging-to-your-finger-clingy), lonely fans, who would even offer to hold your hand while you’re making the bald man cry – as he initially thought.

Lil’Louis is different. Ever since Popa Wu has taken him under his wing, he hasn’t given up. RZA could bring Lil’Louis to a conference among the brothers of the venerable Five Percent Nation, one day, because in the words of Prodigy (may he rest in peace) from the mythical group Mobb Deep, there’s a war going on outside no man is safe from.

“Come on, let’s head back to Park Hill, I’m sick of Manhattan,” says RZA before heading toward Verrazano Narrows bridge.

“You’ve got a great story,” he continues, “the Black God himself bestowed the Truth upon nine monks who decided to teach their brain-dead community Supreme Mathematics. But the path is strewn with pitfalls: corrupt cops, traitors, snitches, shady politicians, rebels without a cause and gangsters you shouldn’t cross, real-estate developers, junk food, junkies, fast-flowing alcohol, games of chance, prostitutes…”

Lil’Louis can only nod, transfixed by the monotonous and unabating procession of Park Hill apartments. It’s as if Keith Richards has tossed him the keys to his Redlands house in Sussex. It’s 2am.

Chapter 3 – The secret of the temple

Once upon a time there were nine monks who lived together on an island plagued by poverty and Babylonian delinquency, in a neighbourhood of Clifton/Park Hill known to its community as Killa Hill. The old woman at the window of her low-income housing complex new those nine monks very well yet she wouldn’t open her door when Lil’ Louis knocked on it. In a somewhat fearful voice she told him, “The demons used to rule before the Monks arrived here…”

As monks RZA and GZA were many things: foot soldiers, the pillars, the foundation, and the core – ‘hard to the core baby!’

Registered at the Brooklyn Borough Hall as Gary Grice, GZA was the first to have seen life in the ghetto as a game of chess. But GZA was the very embodiment of the mad chess genius. The city of Park Hill and its citizens are in danger. Another kind of shogun; an infernal cocktail of the prison-industrial complex, self-hatred, and Black-on-Black crime, threatened the Black and Brown community of Staten Island. GZA was like Ogami, the dreaded Japanese executor of the shogun emperor: He doesn’t fear the beast, the beast fears him. Demons like drugs and weapons feed off black bodies and lost souls making every day a witness to a new massacre: Families have no choice but to mourn their loved ones in mausoleums situated beside ghostlike highways. But in order to save Park Hill from the paradigm of greed provoked by unscrupulous property developers, they needed to gather new recruits. Ever since the mysterious numerological truth had been revealed to them that night, the soldierlike monks haven’t done anything but think about Staten Island and its inhabitants’ protection.

When it comes to recruiting, the more the better. This was especially true for another family member, a drunken monk, trained in the discipline of the drunken man – known as Russel Jones to his PO officer – who would also turn out to be a big help. Russel Jones would later be known as Ol’Dirty Bastard. If RZA and GZA were the scientists of their crew, OBD was the joker. The troublemaker. They also needed a pair of infantrymen you could count on to carry both the sword and the good word into enemy lines. It was two guys who dragged their spleen, their worries, and their steadily growing criminal records on the basketball courts of Park Hill. An inseparable pair, despite the fact that the two of them had been cordial enemies in the beginning, to the extent that they both came packing when RZA invited them to an early studio session. On the North Shore of Staten Island, the 120th precinct’s anthropometric photography froze their facial expressions forever: half-cocky, half-sulky. Dennis Coles (Ghostface Killa) and Corey Woods (Raekwon the Chef) both fond of hustlers’ tough chains (Cuban linx), and struck the 400 blows of their rowdy and painful adolescence in the projects of Shaolin.

When Lil’ Louis asked Dennis Coles why they called him Ghost Face Killer on the street, the giant smiled and explained that he was at large when the first Wu-Tang LP, 36 Chambrers, was being recorded in 1993. The mask wasn’t just a gimmick for Dennis, who was incarcerated for the first time when he was fifteen. The duo forked up a tougher-than-tough album in 1995, Only Built for Cuban Linx. Raekwon called it Purple Tape, a reference to the colors used by dealers to identify quality product on the street. The devastated riverbanks would soon be occupied by winter wars and bloody solstices followed by ballistic eclipses, iterative errors, and maniacal blitzkriegs. On fragile nights, moons bathed in blood would have been visible from the project windows, and the crack of a gun’s barrel could be heard from the rooftop of a building. Soon enough, the only cracks resounding there will be those of champagne bottles and the light laughter over glasses of Mojito.

Lil’ Louis explained to his cousin Sammy that the Wu-Tang were above all a product of socio-economic devastation. The monks grew up during the time known as reagonomics, a period in the 1980s when Washington was making cuts (butchering) the budgets for education, social welfare, and cultural welfare. During this era, the rich got richer, and the poor got much poorer. It was as repulsive as it was dizzying.

“That’s why guys like Patrick Bateman exist,” said Lil’ Louis.

“Yo, who’s Patrick Bateman?”

“A character from the movie American Psycho: Dude was a golden boy by day and a serial killer by night. It’s a kickass metaphor for cannibalistic capitalism if you ask me. Anyway, I have to go meet Jason Hunter at Park Hill.”

“Who’s Jason Hunter?” Sammy asked.

“One of the nine Shaolin monks.”

“And what do you want from this guy?”

“He’s going to explain the story behind the relic to me”

“What’s a relic?”

“A unique album called Once Upon a Time in Shaolin, along with a 174-page book. They sold it for 2 million dollars to strange businessman. »

“Is it the most expensive CD in the world?”

“Yep, when you spend 5000 dollars for a rare record like ‘A fleeting glace’ you best believe it’s the most expensive in the world, but here we’re talking about a single record made with no other copies, nah’mean?”

Jason Hunter often tagged the Gotham subways with his handle Deck. Later, the monk Lamont Hawkins would find him another name: Inspectah. His name was taken directly from a cartoon created by Friz Feleng, which lays out the adventures of a Parisian policeman, Jacques Clouseau: Pink Panther. What’s the link between a young graffiti artist from New York and a joke of a French cop? In prison, Jason had a lot of time on his hands to think about his neighborhood affiliations, who had been most likely snitched on by who… all that insider-exclusive intricate street arithmetic. So, his buddy Lamont imitated the cartoon’s voice, pointing at Jason and dragging out the last syllable for as long as possible: Inspectaaah.

Lil’Louis explained to Jason that he was making a documentary about the Wu-Tang, their contribution to pop culture, their influence on fashion, on such and such films, and that he was dubbed by none other than Popa Wu and Robert Diggs. Jason stretched out his large frame. Given his bulk, he could have easily devoured up yards lines with a ball stuck to his side and run touchdown after touchdown. His toxic environment, however, decided otherwise. With a meek voice, Lil’ Louis asked him about the unique album:

“The relic? We sold the double album to a guy called Martin Shkreli,” he replied with a smile.

“People say that the record wasn’t recorded for Wu-Tang but for an affiliate, Clivaringz,” Lil Louis blurted out in a shy voice.

“There are loads of different versions of the album. It’s a real mystery;”

“Is there really a handwritten book in parchment?” Lil Louis asks.

“Yeah, and box is in silver and nickel. An agreement was signed between us and Shkreli. The album should be released in 2103”

“Shit, but we’d all be dead by then! Why in 2103?”

“Because that’s the year when some sort of alien intelligence will visit Staten Island and all of Shaolin Island. The record will be a manual for them, bud, to learn what life was like on earth before the word ends. BIBLE: Basic Instructions Before Leaving Earth…

So, Lil’ Louis managed to solve the last mystery of Wu and Jason, in his old Toyota Camry, drove him back to Ferry.

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Fiction / Mini-série 66 min.

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