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Histoires globales, voix locales

|| Love Better S2

Tout ce en quoi nous croyons

Par Vanessa Giraud

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Le jour se lève sur la ville. Quatre couples naviguent sur les eaux de l’amour. À la tombée de la nuit, leur monde est bouleversé.

Izmir, Turquie

30 octobre 2020

05:50

« Il est trop tôt, grogna Cem en enfonçant sa tête plus profondément dans l’oreiller blanc.

— Oui, c’est vrai. Demir tendit la main pour toucher l’épaule de Cem et dessina délicatement le contour de ses muscles et de son omoplate sous sa peau lisse.

— Reviens te coucher ? »

Demir était habillé et prêt à partir. « Tu sais que je ne peux pas. »

Cem se retourna et se redressa un peu, s’appuyant sur un coude. Il passa la main sur sa repousse du matin, comme un homme dans une pub pour rasoir. En regardant droit dans les yeux de Demir, il demanda avec un sourire : « T’es sûr ?

— On se verra plus tard, Demir tapota deux fois le sternum de Cem, à huit heures. » Cem travaillait comme entraîneur dans la salle de sport qui faisait partie de la résidence. C’est comme ça qu’ils s’étaient rencontrés, que tout avait commencé.

Prêt à dormir au moins une heure de plus, Cem se retourna de nouveau.

Demir ferma la porte de l’appartement en sortant. Il jeta un regard en arrière, en murmurant un « Je t’aime ». Il aurait souhaité pouvoir le dire en face à Cem, à sa famille, au monde. Mais comment ? Rien que penser aux conséquences l’étourdissait.

Il glissa un masque sur son visage et appuya sur le bouton de l’ascenseur avec son coude.

Alors que l’appel à la prière de l’aube “La prière vaut mieux que le sommeil” résonnait dans la ville, Cem s’endormit.

 

06:50

À dix minutes de marche de là, dans une zone construite trente ans avant les tours modernes et luxueuses proches de la mer, Yasemin se réveilla. Elle fut toute soulagée de voir la poitrine de son mari monter puis s’abaisser doucement, et son cœur s’allégea à l’idée qu’ils passeraient un jour de plus ensemble.

La vie de Mustafa était limitée à un lit dans une chambre avec une petite fenêtre qui permettait d’entrevoir le tronc d’un palmier, une enseigne et un bout de ciel. Même s’il ne pouvait pas parler, il parvenait, pour elle, à esquisser un sourire.

Yasemin s’en alla furtivement et se dirigea vers le commerce de quartier pour récupérer sa commande quotidienne de pain et de journaux à livrer aux autres familles de son quartier. C’était une des tâches que son mari accomplissait, en plus de jeter les poubelles et de nettoyer les espaces communs, en échange de la possibilité d’occuper un petit appartement au rez-de-chaussée de l’immeuble. Le propriétaire ne savait toujours pas pour la crise cardiaque de Mustafa, ni qu’elle avait pris le relai.

Ils avaient fondé un foyer heureux. Cem leur avait apporté la joie et elle était heureuse que même maintenant, à vingt-huit ans, il n’avait pas déménagé. Mais elle s’inquiétait pour lui les soirs où il ne rentrait pas. Un beau garçon, son Cem, tout comme son père.

 

07:50

Zeynep pénétra dans l’appartement spacieux qu’elle devait nettoyer. Elle ne prit pas la peine de toquer, ne s’attendant pas à y trouver Demir Bey. « Quel gâchis de laisser un si bel endroit vide ! » se disait-elle. Enfin, vide la plupart du temps. Elle imaginait assez bien pourquoi il le gardait ainsi.

Juste après avoir passé la porte, elle retira ses chaussures et se dirigea vers la chambre d’ami pour enfiler ses vêtements de travail.

Cem se réveilla, effrayé par le bruit. Il savait que ça ne pouvait être Demir. Que ce dernier était déjà rentré chez lui, auprès de sa femme.

Il attrapa son caleçon et son jean sur le sol, se dépêcha de les enfiler tout en se demandant comment il allait sortir de là sans se faire remarquer. Il boutonna sa chemise et ramassa son sac de sport dans le coin de la chambre.

Alors qu’il avançait pieds nus à pas feutrés vers la porte d’entrée, Cem aperçut la silhouette d’une petite femme avec un sweat à capuche rose qui serpillait le sol du salon. Derrière la ville s’étendaient, vers la baie, les montagnes à peine visibles dans la lueur du matin.

Zeynep se tourna, cacha sa surprise et lança « Bonjour ».

Pris en flagrant délit, Cem la salua d’un signe de la tête et sourit.

 

08:50

« Mon cœur, je suis là, lança Demir depuis le bureau quand il entendit sa femme. Elle se dirigeait vers la cuisine donc il la suivit.

— Bienvenue à la maison, dit Leyla. Ça s’est bien passé Istanbul ? Elle posa sa main sur son bras et l’embrassa sur le coin de la bouche.

— Désolé, je suis parti tard. Même sur la nouvelle autoroute, ça a pris plus longtemps que ce que j’avais prévu. Je ne voulais pas te déranger.

—  Tu ne m’aurais pas dérangée, dit Leyla. Tu ne devrais pas dormir dans ton bureau, surtout quand tu as l’air aussi fatigué.

— Tu sais, le travail est dur en ce moment, dit Demir. Mais au moins je peux travailler à la maison aujourd’hui.

— Je serai de retour cet après-midi, dit Leyla. Est-ce qu’Alev est réveillée ?

— Oui ! cria Alev à l’étage.

— Eh bien tu devrais te dépêcher, dit Leyla. Tu n’as pas un cours de maths à donner à l’enfant de quelqu’un à dix heures ?  

— Papa chéri ! Alev sauta les deux dernières marches et se jeta dans les bras de son père dans la cuisine. Tu es enfin à la maison ! »  

Demir souleva sa fille comme si elle avait six ans, et non vingt, et l’embrassa sur la joue. « Ce n’était que deux nuits et je parie que tu m’as plus manqué.

« Vous deux ! Je ne peux pas attendre, est-ce que tu pourrais la déposer ? Leyla était déjà dans le hall d’entrée, en train de récupérer ses clés sur la console.

— Bien sûr que je vais la déposer, dit Demir. Il lança un regard complice à sa fille. Ils savaient tous les deux qu’il appellerait un taxi et qu’il lui donnerait également de quoi payer le retour. Il voulait qu’elle soit le plus indépendante possible, dans les limites du raisonnable.

— Super ! Leyla jeta un regard sur son téléphone. Je m’en vais alors. J’ai des patients à voir. » Elle leur adressa un grand sourire et se dirigea vers sa voiture.

 

09:50

Moins d’une heure plus tard, Leyla était en tenue de travail, miroir et sonde dentaire en main.

Leyla reconnut son nouveau patient. Elle le voyait souvent entrer et sortir de l’immeuble mais elle ne lui avait jamais parlé. Sa mère était l’épouse du concierge, une femme gentille qui avait bien élevée son fils, mis à part qu’elle lui avait donné trop de sucre.

Il avait une carie, pas très grave, mais qui empirerait si elle n’était pas soignée. Un rapide ponçage avec une forte aspiration suffirait pour éviter la contamination. Avec chaque patient il y avait un risque, mais elle devait le faire. 

« Préparez un plombage s’il vous plaît », demanda Leyla à l’infirmière.

Elle se tourna vers son patient. « Cem Bey, pas besoin d’anesthésie. Ce sera fini avant même que vous vous en rendiez compte. » 

 

10:50

« Toi, t’es trop confortable, dit Alev en relevant sa tête de la poitrine d’Ahmet. Mais je dois y aller !

— Pourquoi ? demanda-t-il.

— Je dois rentrer. Alev n’osa pas regarder vers Ahmet, de peur qu’il ne comprenne à quel point elle désirait rester.

— Tu as quelque chose de mieux à faire ? »

Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle avait raconté à sa mère et son père qu’elle donnait des cours de maths à un enfant. Que quand son père travaillait à la maison, c’était compliqué de sortir pendant trop longtemps. Ahmet avait l’air si indépendant, même s’il avait presque un an de moins qu’elle. 

« Des trucs à faire, tu sais. 

— Ça peut attendre. Ahmet lui caressa les cheveux. Tu ne peux pas juste coucher avec moi et t'enfuir comme ça. »

Leyla gloussa. Il était vraiment confortable.

« Tu restes ? Il l’appréciait beaucoup. Tellement, il pensa, qu’il serait heureux si elle restait pour toujours, mais il était un peu trop tôt pour lui dire. Alors Ahmet tenta sa chance pour le court terme : On pourrait essayer de déjeuner ensemble. 

— Je ne peux pas. Vraiment. 

— Reste, dit Ahmet. Il faut que tu manges. Il traça une ligne avec son doigt de son bras à l’intérieur de son poignet. Dis-moi oui. Il attrapa son téléphone de l’autre côté du lit pour commander. Une pizza, ça te va ? »

11:50

Mustafa entendit Yasemin. Elle chantait en se lavant les mains, à peine rentrée de ses livraisons et de ses tâches matinales. Allongé là, emprisonné dans son traître de corps, il écoutait tout. Chaque claquement de la porte d’entrée, chaque pas de l’appartement au-dessus, chaque chien errant qui aboyait dans le parc marquaient le passage de ses jours. Il voulait appeler son nom. Un grognement s’échappa à la place.

« Chérie, je t’ai apporté du thé. Le docteur dit qu’il faut que tu boives. »

Yasemin se pencha en avant et posa ses lèvres douces sur la joue de Mustafa. « Cem a appelé. Il a dit qu’il va rentrer après son rendez-vous chez le dentiste. Maintenant, laisse-moi te relever un peu. Elle arrangea les oreillers derrière lui. Tu es à l’aise maintenant ? » Après l’avoir aidé à boire, Yasemin s’occupa d’installer la table à repasser.  

Cinq draps parfaitement pliés plus tard, elle entendit Cem.

« Maman, il appela. Tu es là ? »

Yasemin lança un petit cri de joie en courant dans le hall pour embrasser son fils.

Cem recula et leva les mains. « Hé, Maman, attends. Vaut mieux ne pas trop s’approcher, tu sais. Avec Papa et tout, on ferait mieux de rester prudent. » 

Yasemin souffla des baisers dans sa direction à la place, puis enveloppa ses bras autour d’elle-même et serra, souriant à Cem en même temps.

« Deux nuits, mon amour. Je sais que je ne devrais pas m’inquiéter mais j’aurais préféré que tu m’appelles plus tôt.  

— Désolé, Maman, tu sais ce que c’est. » Cem haussa les épaules et passa la main sur sa mâchoire. Sa dent ne lui faisait plus mal.

 

12:50

« Vous pouvez prendre votre pause maintenant », dit Leyla à l’infirmière.  

Leyla essaya d’appeler Alev mais elle tomba sur le répondeur. Sûrement en mode silencieux, pensa Leyla, comme elle donnait un cours.

Alors elle appela Demir : « Chérie, comment allait Alev ? Elle est allée à son cours ? Est-ce qu’elle a pris son gel hydroalcoolique ? Tu l’as déposée ? 

— Alev allait très bien. Elle est partie bien à l’avance et ne voulait pas de mon aide. Elle dit que c’est un couple sympa et professionnel. Ils ont du mal à travailler chez eux et à gérer les cours à distance de leur enfant. Elle devrait rentrer bientôt, même si elle a dit qu’elle s’arrêterait peut-être à la bibliothèque universitaire. »

Alev avait quitté son père avec un câlin et en lui soufflant des baisers depuis la banquette arrière du taxi. Pour Demir, Alev était toujours belle, donc ça ne lui était pas venu à l’esprit de mentionner son maquillage à sa femme.  

 

13:50

Dans l’intimité de sa chambre, Cem regarda son téléphone. Il avait trois appels manqués de Demir.

Cem lui envoya : Désolé. Je peux t’appeler maintenant ?  

Son téléphone vibra immédiatement. Demir le verrait entouré des vieux posters de son équipe préférée drapés de fanions rouges et jaunes, alors Cem le rappela sans la vidéo.

« Hey, dit-il doucement pour que sa mère n’entende pas. Je t’ai manqué ?

— Oui, il faut que je te voie, Cem. Pas tout à l’heure à la salle de sport avec tout le monde autour.

— Ce matin une femme est entrée, dit Cem. Elle m’a vu.

— C’est Zeynep. Ça ira, ne t’en fais pas.

— J’espère bien, ou je pourrais perdre mon travail.

— C’est pour ça qu’il faut qu’on parle, répondit Demir. Pour régler les choses. Cet après-midi si tu peux.

— Je vais aller au travail et voir si je peux échanger mon créneau avec quelqu’un.

— Tu me diras.

— Oui.

— Je ne peux pas continuer comme ça.

— Non, dit Cem. Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? »

 

14:51:26

Mustafa entendit d’abord les secousses qui se dirigeaient vers lui en grondant, en grognant comme un chien qui émergeait de son abri souterrain. Il était allongé sans défense tandis que les vibrations s’amplifiaient à travers les bars en fer de son lit. Yasemin se jeta en travers de son corps, enfonçant son visage dans son cou, entourant sa tête de ses bras, étendant son foulard sur eux alors que la poussière commençait à les couvrir et que leur monde s’effondrait.   

Cem avait quitté l’appartement cinq minutes auparavant. Il marchait dans la rue en direction de la salle de sport lorsque le sol commença à onduler sous ses pieds. Les fenêtres tremblaient et au-dessus de sa tête, la fixation rouillée d’un climatiseur céda et l’appareil s’écrasa au sol. D’instinct, il s’éloigna des bâtiments pour aller vers le carré de verdure qui séparait les voies de circulation. Puis, il se figea au bruit terrifiant du tonnerre des bâtiments qui s’effondraient et observa sans voix tandis que l’air au-dessus de son quartier s’épaississait de poussière. 

Sur les terrains surélevés à l’extérieur de la ville, Demir passa les portes-fenêtres de son bureau pour aller sur la terrasse. Levant les yeux alors qu’il s’agrippait à la rambarde pour plus de stabilité, il pouvait voir les murs de sa villa onduler. Puis il y eut une pause comme si la terre reprenait son souffle avant de se remettre à trembler. Quelque part, il le savait, ce tremblement de terre avait ramené la mort. Où étaient les personnes qu’il aimait pendant que lui était en sécurité, mais seul ?

 

15:50

Alev était toujours allongée au sol là où Ahmet l’avait poussée quand il avait compris ce qui était en train de se passer. Il avait essayé de la suivre sous son lit, là où c’était plus sûr, mais une dalle en béton et des armatures en métal étaient tombées, emprisonnant sa jambe. Après son seul cri perçant, Alev avait perdu le compte de ses doux gémissements. Elle ne pouvait pas le laisser. Comment pourrait-elle le laisser ?   

Consciente qu’elle ne portait rien d’autre que son t-shirt de Dark Side of the Moon, elle avait essayé de se rappeler où elle avait laissé ses vêtements, ses baskets ? Où était la porte même ? Elle ne voyait rien à part le contour de ses doigts. Elle les lécha dans l’espoir de tomber sur le goût réconfortant du ketchup. À la place, c’était du sang et de la poussière.  

Ses mains parcouraient le sol. Elle s’étira le plus possible, à la recherche de son téléphone, désespérée d’appeler à l’aide si elle le pouvait.

Elle voulait dire à sa mère où elle était réellement. Juste quelques étages au-dessus de sa clinique, dans la chambre effondrée d’un gars qu’elle connaissait à peine mais qu’elle aimait déjà.

 

16:50

Une autre heure était passée.

L’équipe de recherche et de sauvetage était infatigable. Chaque minute faisait la différence entre la survie et la mort.  

Cem était l’un des volontaires du réseau en veste fluo qui bougeait les décombres, déplaçait les meubles sur le côté. Il avait aidé à dégager un chemin pour atteindre une jeune femme. Il agrippait son coude alors qu’elle se libérait, coupée, contusionnée et pieds nus.    

« Merci. Alev cligna des yeux dans la lumière et des larmes strièrent son maquillage.

— Ahmet ? elle demanda. Il est gravement blessé ?

— On en saura plus bientôt, dit Cem. » Il avait vu la quantité de sang que son ami avait perdu. Mais il respirait, alors aussitôt qu’ils l’auraient sorti de là, il serait emporté en civière vers une ambulance. « On ne l’aurait jamais trouvé sans vous. »

Cem transféra Alev vers les mains attentionnées qui l’attendaient pour qu’elle soit soignée et auscultée par l’équipe médicale sur place.

Puis il retourna vers son équipe pour continuer à déblayer les décombres là où il savait que d’autres personnes étaient enterrées, craignant pour eux. Pour ses parents.  

 

17:50

Leyla devait s’asseoir un moment. Avec son infirmière, elle s’était enfuie avant que l’étage du dessus ne s’effondre. Pendant trois heures, elles avaient travaillé avec les secouristes à éponger le sang et panser les blessures. Pendant trois longues heures, elle avait travaillé mécaniquement, pensant seulement à sa fille.

Elle se posa sur une chaise rembourrée placée de manière incongrue sur le trottoir.

Un volontaire du Croissant-Rouge posa une main sur son épaule.

« Je suis Zeynep, dit-elle ».

Leyla contempla Zeynep, sa silhouette menue, son masque et son doux regard encadré par un sweat à capuche rose.

« Est-ce que votre fille s’appelle Alev ? demanda Zeynep. On vient de l’amener là-bas à mon point de rendez-vous. »

Leyla eut un regain d’énergie. « Alev ! » Elle se leva d’un bond et serra Zeynep fort dans ses bras.

« Elle va bien, dit Zeynep. Mais elle a besoin de sa mère.

— Où est-elle ?

— Venez avec moi. »

 

18:50

Demir était las d’attendre et voulut prendre la voiture pour aller en ville mais les routes étaient chaotiques, alors il marcha. Il tenta de passer des coups de fil mais n’y parvint pas, comme tout le monde essayait de joindre quelqu’un, puis sa batterie s’épuisa.

Avant de partir de chez lui, il avait vu les infos, regardé les vidéos amateurs où l’on voyait s’écrouler le bâtiment de Leyla et il priait qu’elle eût déjà quitté le travail. Alors qu’il approchait la zone, il fut dépassé de voir la quantité de personnes, les véhicules, l’activité, l’ampleur de l’opération de sauvetage et la dévastation.

Il continuait, s’efforçant à avancer, à chercher. Demir se concentrait pour retrouver trois personnes. Trois parmi des milliers.

Cem déblayait les décombres avec une sombre détermination quand son chef de groupe lui ordonna de prendre une pause. Inspectant la scène du dessus, Cem réussit à voir Demir traverser la route et sauta des étages effondrés pour le rejoindre. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre.  

Essoufflé, Cem dit : « Ma mère, mon père, on n’arrive toujours pas à les atteindre.

— Ils sont là-dedans ? »

Cem acquiesça et Demir le serra plus fort.

Leyla, aidée par Zeynep, soignait encore des coupures légères. Toutes deux gardaient un œil vigilant sur Alev qui était assise silencieuse et immobile sur un banc du parc, dans le sweat à capuche de rose Zeynep.  

Quand elle leva les yeux, de l’autre côté de la route, Leyla aperçut Demir. Elle le regarda doucement passer son pouce sur la joue d’un autre homme, comme s’il essuyait une larme. Bien qu’elle ne pût pas entendre ce que Demir lui murmurait, elle savait. Et elle savait combien elle avait toujours su.

Zeynep se tourna vers Leyla : « Vous allez bien ? »

Croisant le regard rassurant de Zeynep, Leyla dit : « Oui, ça va ». Quand elle se tourna de nouveau vers Demir, il était seul et fixait les ruines.

Leyla prit la main d’Alev et ensemble elles marchèrent à travers les petits groupes de personnes serrées pour rejoindre Demir. Elle savait que les choses auraient pu être bien pires.  

Le temps passait, le crépuscule s'effaça derrière la nuit. Les gens s’entassaient dans les espaces ouverts loin des bâtiments traîtres. Ils parlaient à voix feutrée, se serrant un peu plus à chaque réplique.

Puis il se mit à pleuvoir. 

 

* * * * * * *

Note :

Le tremblement de terre d’Izmir est une tragédie qui a réellement eu lieu. Des bâtiments se sont effondrés, emportant des vies, détruisant des familles et des foyers.

Par respect pour les victimes et survivants, les lieux sont des représentations et non spécifiques ; les personnages, leurs rôles et leurs actions sont fictifs.

Mes plus grands respects aux personnels de l’équipe d’urgence, de recherche et de sauvetage et aux volontaires pour leur dévouement à la suite des catastrophes naturelles à travers le monde. 

 

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A propos de l’auteur•e

Vanessa Giraud
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Née au Royaume-Uni, résidante de longue date en Turquie, Vanessa partage son temps entre ses deux "foyers". En tant qu'enseignante et éducatrice internationale, la vie de Vanessa a été enrichie par les rencontres avec des enfants et des adultes venant d'horizons très différents. Depuis trois ans, elle a orienté sa carrière dans la rédaction en ligne en freelance lié au domaine de la santé. Elle aime la liberté de pouvoir travailler depuis n'importe où.