Fiction

Je suis tombée amoureuse de ton linge sale

Inspiré de faits réels

31/05/2022

Ce job d'employée de pressing est ce qu'il y a de plus ennuyant. Pour s'occuper, Dolores imagine des vies aux inconnus qui portent les chemises qu'elle s'emploie à laver. Au point de tomber amoureuse de l'un de ces inconnus. Il faut alors tout faire pour le retrouver.

Du détachant.

Frotter.

Machine à laver.

Patienter.

Adoucissant.

Recommencer.

Sèche-linge.

Qui tourne, tourne, tourne.

De la vapeur partout.

Les yeux secs.

Frotter, frotter, frotter.

Odeur de lavande industrielle.

J’éternue.

La bouteille aussi.

Cintre.

Bien ajuster.

Housse plastique.

Emballer.

Étiqueter.

Vérifier.

Replacer le tout sur le convoyeur qui tourne avec l’arrivée des clients, à chaque seconde de chaque jour, faisant défiler tache de vin sur une chemise blanche, trace de rouge à lèvres sur le col, marque de craie blanche sur le pantalon noir moulant de cet homme.

Cet homme.

Avec ces indices, je suis sûre qu’il est prof. Un prof d’université, en mesure de s’offrir un costume en lin qui coûte au moins mille balles et à qui ça ne pose aucun problème d’y renverser du Cabernet Sauvignon tous les mardis (le costume est déposé chaque mercredi avec sa tache pourpre à la forme abstraite). Cela se passe sans doute dans un resto quatre étoiles quelconque, juste ici dans le quartier de Jardins, en compagnie des femmes aux lèvres tantôt fines tantôt pulpeuses, ourlées de Rouge-à-croquer ou Nude-pas-nue. Je le sais parce que je possède chacun de ces rouges à lèvres qui apparaissent aux endroits les plus obscènes de ses chemises en chambray. Non pas que je passe mon temps à baiser à droite à gauche.

Ce n’est pas comme si j’en avais l’occasion.

Pas comme si j’avais déjà vu le visage de cet homme de manière à légitimer mon (« intense », d’après Jinho au sèche-linge) enquête de deux mois pour répondre aux questions qui, comment, où et pourquoi. Mais si je vous disais que les vêtements sales de quelqu’un en disent plus long sur lui qu’un dîner aux chandelles (il y a toujours des traces de cire sur son pantalon), me croiriez-vous ? Non pas que j’ai déjà dîné aux chandelles. À moins de compter la fois où le courant nous a lâchés dans le food truck à pizza en cornets de ma tante.

Ale Carvalho. Nettoyer tous ces vêtements avec des produits chimiques a réduit mon espérance de vie d’au moins 15 ans. Pourquoi ne peut-il pas venir les chercher lui-même ? C’est toujours cette fille mince aux cheveux lisses qui vient les récupérer et régler la facture exorbitante, laquelle me rapporte peut-être autant que gagnent ces types en vendant des bouteilles d’eau et des bonbons douteux près du feu rouge de l’avenida Tiradentes l’été, en un jour aussi moite que le ventre d’Ivete Sangalo sur la pochette de cet album de Banda Eva. Vous vous souvenez des années 90 ? L’époque où les canons de beauté étaient encore atteignables sans la chirurgie esthétique – non pas que j’ai déjà été aussi mince que ça.

Est-ce pour ça qu’Ale Carvalho ne vient jamais chercher ses vêtements lui-même ? Il part du principe que des filles travaillant dans une blanchisserie ne pourraient jamais arriver à la cheville des anciens mannequins Gucci avec qui il a l’habitude de sortir ? Quel connard. D’abord parce que leurs vêtements sont super emmerdants à nettoyer, et ensuite parce que les ex-mannequins, qui prennent leur retraite à 25 ans parce qu’elles ont atteint un âge que de vieux types qui se disent photographes considèrent avancé, doivent bien trouver un moyen de gagner leur vie. Surtout celles qui ont arrêté leurs études à 14 ans pour aller vivre dans la même pièce que quinze autres filles qui s’affament. Ou bien pense-t-il qu’elles peuvent gagner leur vie en tournant dans des publicités pour cosmétiques bon marché qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à l’adoucissant rose que j’ai un jour mélangé avec du détachant en poudre orange avant de le boire essayer de me faire planer avant le boulot ?

Malheureusement, non, je n’y ai pas succombé, et au coronavirus non plus d’ailleurs.

En revanche, ce qui y a succombé, ce sont toutes les taches rougeâtres sur les boxers 100% coton d’Ale Carvalho, taches que j’essayais (sans succès) d’éliminer depuis des mois. Non pas que mon but dans la vie soit de nettoyer les caleçons d’un intello prétentieux et plein aux as, mais disons que quand on a un job aussi barbant que le mien, le moindre défi devient à mes yeux aussi excitant qu’un plateau de Caldeirão do Huck sous les projecteurs. Êtes-vous capable de faire disparaître des hémorroïdes sur des sous-vêtements ? Si l’émission a pour spécialité d’humilier les gens pauvres, alors je suis candidate. Les hémorroïdes, c’est quand les veines de l’anus se dilatent, saignent et provoquent une douleur atroce. Ça vient sûrement du stress causé par des journées passées le cul vissé sur une chaise, à corriger des milliers de copies ou préparer des centaines de cours. Ça devrait me passer au-dessus, pas vrai ? Je sais. Jinho me le dit tout le temps, mais… des hémorroïdes. Ce pauvre prof. Et les siennes ne sont pas de simples hémorroïdes. Non madame, elles sont bien grosses, du genre qui fait tellement mal que les taches ressemblent à des taches de règles.

Trop intime ? Ce qui est intime, c’est de nettoyer les sous-vêtements d’un homme que je n’ai jamais vu de ma vie mais dont je sais tout. Ale Carvalho connaît-il au moins le nom de la personne qui a battu tous les records en faisant partir les taches laissées par sa précieuse anatomie en 30 secondes seulement ? Dolores Ribeiro. Alias la nana n°3 de la blanchisserie. Alias moi. Moi, qui sais que dans chacune des poches de ses costumes se trouve un petit trou dans lequel vient se loger la pointe du stylo qu’il oublie toujours de rebouchonner après avoir corrigé des copies. Que les manches de ses chemises sentent toujours le lait de coco et le safran, sans doute parce qu’il les fait tremper par inadvertance dans le moqueca de banane plantain qu’il commande tous les lundis au Digaê Bar & Bahia (non pas que j’ai googlé tous les restaurant bahianais du quartier, loin de moi l’idée). Un mordu de moqueca qui partage sans le savoir son intimité avec moi entre tous, une bahianaise expatriée à São Paulo pour faire carrière comme chanteuse de blues – et montant les échelons de ma carrière imaginaire en tant que détective de blanchisserie. Si on n’a plus le droit de rêver…

Un prof qui aime le vin, le moqueca et les femmes. Sans doute un séducteur. Je suis sûre qu’il reluque ses étudiantes. Qu’il gesticule sans arrêt, expliquant je ne sais quelle théorie verre en main, en renversant le contenu sur ses vestes Zara – que personnellement je ne cautionne pas, rapport à l’esclavagisme, tout ça, même si je dois reconnaître que cette foutue marque sait y faire pour rendre un homme sexy. Un homme aux cheveux mi-longs, certainement. Sans doute bruns et bouclés, si j’en crois ceux que j’enlève tout le temps des épaulettes de ses costumes. Maintenant que j’y pense, ils tombent bien trop souvent pour quelqu’un qui doit avoir la trentaine. Est-ce qu’il se nourrit correctement ? Ce qui est sûr, c’est qu’avec une telle vie nocturne et consommation d’alcool, il ne doit pas dormir beaucoup. Est-ce qu’il ramène toutes ces femmes à son appartement ? Où habite-t-il ? J’ai regardé dans son dossier. Mais la seule adresse indiquée est celle de l’Université brésilienne de l’Enseignement. Je n’ai jamais vu un nom aussi général. Peut-être qu’Ale Carvalho porte des costumes hors de prix pour compenser un échec universitaire apparent. Et ça marche. Toutes ces conquêtes féminines… La fille aux cheveux lisses est-elle une de ses amantes ? Ou seulement une malheureuse étudiante qui pensait accéder à une nouvelle étape dans la vie alors qu’en réalité elle s’occupe de corvées pour son prof qui lui répète toujours que c’est comme ça qu’on « se forge le caractère » ? Le culot de ce type !

Je ne suis pas le genre de femme qui fait des choses pour les hommes. À moins qu’ils me paient pour ça. Avec un contrat en bonne et due forme, une prime à Noël et un mois de congés payés qui me permettrait de terminer l’enregistrement de mon album, auquel je travaille depuis exactement 4 ans. Mais je vous jure que ça fera un carton. Tube après tube. Je chante un amour que je n’ai jamais vécu, du moins pas hors de ma tête. Mais un amour imaginaire est celui qui nous fait vraiment jouir – parce qu’il ne va pas venir tout gâcher après que vous ayez baisé en se ramenant à un repas de famille avec votre cousine. Non, l’amour que je n’ai jamais connu, c’est l’amour parfait. L’amour paulistano, fou, ivre, rapide, avec un début, un milieu et une fin, mais sans date d’expiration à la vie qu’il vit pour toujours dans notre esprit, dans ce petit coin de notre cerveau réservé aux étincelles d’un jour d’été. Qui nous maintient en vie les 364 jours restants de l’année.

J’ai tellement envie de jouir.

Ça fait plusieurs mois. J’ai tellement envie de me frotter la chemise d’Ale Carvalho sur tout le corps pendant que mon boss est trop occupé à crier sur Jinho au sèche-linge. Envie de me frotter à cette manche par laquelle ses doigts sont passés tout ramassés sur eux-mêmes parce qu’il n’ouvre jamais ce putain de bouton de manchette. La passer sur mes cheveux, ma poitrine, ma chatte. Laisser dépasser mes doigts de la manche comme si c’était les siens et qu’ils savaient exactement où se trouvent tous les points A, B, C, D, E, F, G en moi. Embrasser son col sur lequel la nuit dernière a laissé une odeur boisée, ainsi qu’un parfum plaisant de sueur caractéristique des mecs qui ne bâclent pas les préliminaires. Qui savent ce qu’ils font. Aiment ce qu’ils font. Le genre d’homme qui dit à une femme qu’elle est la plus belle qu’il ait jamais— non, pas belle, sexy. La plus sexy qu’il ait jamais vue. D’une honnêteté brute. Ridiculement séduisant. Comme seul un mec qui porte une cravate en soie à motif en est capable.

— Dolores, tu peux venir aider cette dame ? braille Lucinha alors que je finis de suspendre la dernière série de vêtements d’Ale Carvalho au convoyeur : son costume en lin noir habituel, trois chemises blanches en chambray, cinq caleçons gris chiné 100 % coton et, étrangement, un haut de sport en nylon marron – je le retrouve tout le temps dans ses affaires, mais je n’ai aucune idée d’à qui il appartient.

Je me précipite vers l’ordinateur et ouvre les fichiers clients.

— Bonjour. Vous avez votre numéro de commande ?

Elle me dicte les chiffres et je les entre dans l’ordinateur. Le système trouve automatiquement la commande : Ale Carvalho. 1 costume, 3 chemises, 5 caleçons, 1 haut. Je regarde la femme qui est venue chercher le tout. La trentaine. Des lunettes de soleil. Cheveux sombres et bouclés relevés en queue de cheval. Une chemise noire pour homme 100 % coton qui taille trop grand sur elle. Un jean vintage bleu foncé, sûrement acheté en friperie – coupe droite, masculine. Des bottes en cuir d’importation étrangère, récemment lustrées. Une tenue branchée pour quelqu’un qui ne travaille pas un lundi. Quel genre de personne a ses lundis de libres ? Ce n’est certainement pas la fille minuscule aux cheveux lisses qui vient toujours chercher les vêtements d’Ale Carvalho.

— Elle est où, Cheveux-lisses ?

— Qui ça ? (Bottes-de-cuir ne comprend pas ma question qui sort de nulle part.)

— La fille qui vient chercher les vêtements pour lui d’habitude.

Bottes-de-cuir me fixe d’un air perplexe.

— Écoutez, je suis pressée.

— Bien sûr, pardon. Au temps pour moi.

Je décroche les vêtements et les dépose dans un sac sur le comptoir. J’observe l’expression impatiente de Bottes-de-cuir qui se tient de l’autre côté. C’est maintenant ou jamais.

— Désolée si j’ai l’air d’insister lourdement, mais il ressemble à quoi ?

Bottes-de-cuir me dévisage à nouveau, un point d’interrogation dans le regard. Elle décide de m’ignorer et de récupérer les vêtements.

— Merci.

Mais je retiens le sac en le tirant vers moi. Je ne peux pas laisser passer ma chance.

— Je veux dire, qu’est-ce qu’il te dit pour que tu viennes ici chercher ses affaires ? Est-ce que c’est les repas du mardi soir ? Le parfum boisé ? La façon pseudo-intellectuelle dont il parle en cours ? Il enseigne quoi, d’ailleurs ? J’aurais dit droit ou une connerie du genre, d’après les costumes en lin. La plupart des gens s’en foutent et achètent des costumes en polyester qui se détendent au niveau des jambes.

— C’est qui, « il » ?

Mais mon cœur bat trop fort pour que je l’entende. Mon dieu, je vais passer pour une grosse perverse et sans doute me faire virer mais il faut que je sache.

— C’est parce qu’il embrasse bien ?

— Qui embrasse bien ? De qui vous parlez ?

— Ale Carvalho.

Son regard se pose sur moi. Puis sur les costumes. Revient sur moi. Quelque chose qui m’échappe fait tilt dans son esprit. Bottes-de-cuir explose de rire – un rire si délicieux que ça en est agaçant. Elle découvre de grandes dents blanches qu’encadrent des lèvres pulpeuses sans la moindre touche de rouge à lèvres, pas de Rouge-à-croquer ni de Nude-pas-nue.

Les lèvres d’Ale Carvalho sont-elles aussi pulpeuses ? Est-ce que Bottes-de-cuir et lui forment une union parfaite de bouches étroitement coordonnées quand ils s’embrassent ? Je trouverais ça surprenant, vu qu’elle ne ressemble pas vraiment au type « joli minois ex-mannequin chez Gucci ».

— C’est exactement ça, répond-elle d’un ton moqueur.

Je rougis et elle rit de plus belle. Je ne sais pas pourquoi. Si je m’attendais à une quelconque clarification concernant ma soudaine humiliation publique, visiblement c’est raté. Me voilà promue du rang de détective de blanchisserie à blanchisseuse perverse. C’est confirmé : on devrait vraiment arrêter de rêver.

La machine imprime automatiquement le reçu. Mais je ne bouge pas d’un pouce. Bon sang… quelle humiliation. Bottes-de-cuir se rend compte que je ne suis pas prête de lui tendre le reçu, que pour l’heure je suis paralysée par la torture de mes propres pensées.

Elle sort un stylo de la poche de sa chemise. Un stylo débouchonné, dont la pointe rentre pile dans un minuscule trou de sa poche. Elle signe le reçu avec ce foutu sourire digne des peintures de la Renaissance. Son menton forme une symétrie parfaite avec ses pommettes hautes et son front lisse. Pour qui se prend-elle ?

— Écoutez, que les choses soient claires, je n’en ai pas après lui ou quoi.

Elle m’observe, clairement amusée.

— Vous devez comprendre que mon boulot est chiant à mourir, avec pour seule distraction les moments où Jinho coince un vêtement en satin dans les pales du séchoir, ou quand j’arrive à faire disparaître une tache sur un caleçon en moins de 30 secondes. Donc, vraiment, ne vous faites pas de bile. Ale Carvalho est et restera pour moi le fruit de mon imagination.

— Droit constitutionnel, mais vous étiez pas loin, dit-elle, l’air presque impressionnée.

Quand va-t-elle arrêter de penser que je suis complètement stupide ?

Elle jette un œil aux vêtements dans le sac.

— Merci pour les sous-vêtements. Le flux est parfois abondant.

Le flux ? Quel flux ? Celui des hémorroïdes saisonniers qui éclatent religieusement une fois par mois ?

— Quant aux chemises, c’est parfait.

— Le Cabernet Sauvignon est un bon choix, mais dîtes-lui de faire attention à l’avenir s’il blablate avec un verre dans la main. Ou plutôt ne dîtes rien. Sinon je me retrouverai au chômage.

Elle rit, me regarde avec curiosité.

— Vous êtes très douée. Bientôt vous arriverez à deviner ma solvabilité juste à partir des marques.

Quel rapport entre Bottes-de-cuir et les marques de fringues d’Ale Carvalho ?

Elle se rend compte de ma confusion et sort une carte de sa poche.

— Ça fait combien ?

Je me secoue, regarde l’écran et lui donne le prix. Elle me tend la carte de crédit. Le nom d’Ale Carvalho est écrit dessus.

Wow. Ils sont intimes.

J’essaie de la jouer cool, mais j’ai quand même l’air d’une stalkeuse :

— Vous êtes ensemble depuis combien de temps ?

— Heu, 31 ans, j’imagine. Trente si l’on décompte le temps que j’ai passé dans le ventre de mamère.

Elle fait de l’ironie. Je me sens super gênée.

— Oh mon Dieu. Ale Carvalho est votre père ? Je suis désolée.

Elle éclate de rire une fois de plus, avec ce sourire si magnifique qu’on ne peut pas s’empêcher de le détester. D’habitude je ne suis pas du genre à remarquer le sourire d’une femme, à part pour le comparer au mien. Qu’est-ce qui m’arrive ? Et qu’ai-je dit de si drôle que je me trouve tout à coup secourue de ce job insalubre par un talent de comédienne née ?

— Vous êtes mignonne.

J’ai conscience que ce commentaire condescendant devrait m’agacer prodigieusement. Mais mon corps a décidé de réagir à sa façon et j’en frissonne de partout. Même au niveau des poils non existants derrière mes genoux.

— Ce qui est sûr, c’est que je viendrai chercher mes vêtements ici plus souvent.

« Mes vêtements » ?

Et là — c’est le déclic.

Prof de droit constitutionnel.

Flux menstruel.

Ma solvabilité.

Bottes-de-cuir observe l’avalanche d’émotions qui s’affichent sur mon visage comme si j’étais spectatrice d’une mauvaise série télé. Naze et prévisible, mais impossible à lâcher.

Elle rit une dernière fois avant de se diriger vers la sortie.

— À lundi prochain, Dolores.

Et c’est ainsi que j’ai regardé Ale Carvalho sortir de la blanchisserie Raio de Sol.

Connaissant mon prénom.

Me trouvant mignonne.

Et avec la promesse qu’elle reviendrait.

De toute ma vie, jamais je n’ai eu autant envie de voir de quoi une femme aurait l’air dans une costume d’homme.

Nanas aux lèvres Rouge-à-croquer et Nude-pas-nue, comme je vous comprends en ce jour d’été scintillant. Je suis vous.

Et ce que nous sommes, c’est lamentablement amoureuses.

J’ignore à quel moment mes jambes ont décidé de prendre le contrôle de mon corps alors que mon cerveau me hurlait de fourrer ma tête dans un sac plastique et de mourir par suffocation sous le comptoir.

J’ignore à quel moment elles se sont mises à courir derrière Ale Carvalho, qui entre temps avait atteint le coin de la rue, portant son sac de vêtements, se dirigeant vers le Digaê Bar & Bahia qui se trouvait à exactement 100 mètres de la blanchisserie.

Et comment Ale Carvalho pouvait-elle manger un moqueca de banane plantain avec ses habits fraîchement lavés sur l’épaule si elle était incapable de déguster l’impeccable cuisine bahianaise sans s’en mettre partout ? Il faut que je la sauve d’elle-même et mes jambes le savent.

Ou peut-être leur fallait-il une excuse pour que je me sente moins stupide.

Même si je n’avais jamais couru après une femme auparavant.

Même si, de toute ma vie, je n’avais jamais eu envie de tout savoir d’une femme.

Même si, de toute ma vie, jamais je n’avais eu autant envie de sentir les lèvres pulpeuses d’une femme sur les miennes.

Stain remover. 

Scrub. 

Washing machine. 

Wait. 

Softener. 

Repeat. 

Dryer. 

Spin, spin, spin. 

Steam everywhere. 

Dry eye. 

Rub, rub, rub. 

The smell of industrial lavender. 

Sneeze. 

Both the bottle and I. 

Coat hanger. 

Set. 

Plastic. 

Pack. 

Label. 

Check.

Put it back on the automatic hanger that turns as each client comes in, every  second of the day, with each wine stain on a white shirt, with each lipstick trace  on a collar, with each white chalk mark on the tight black pants of that man’s  suit. 

That man. 

From the evidence, I’m sure he’s a professor. A college professor, able to afford  a linen suit that costs no less than a grand and makes no bones about spilling  Cabernet Sauvignon on it every Tuesday – the suit with the purple, abstract  stain always comes in on Wednesdays. That probably happened at some four 

star restaurant right here in the Jardins, in the company of women whose lips  are sometimes plump, sometimes real thin; sometimes Fuck-Me-Red,  sometimes Nude-Not-Naked. I know because I have each one of those lipsticks  that show up on the most obscene spots of his chambray shirts. Not that I go  around fucking everyone. 

Not that I have that opportunity. 

Not that I have watched that man’s face in order to legitimate my (“intense”,  according to Jinho at the dryer) investigation over two entire months of who,  how, where and why. But if I told you that someone’s dirty clothes reveal more  about them than a candlelit dinner (there’s always wax on his pants), would you  believe me? Not that I’ve ever had dinner by candlelight. Only if you count that  time when the power went out in my aunt’s pizza cone truck. 

Ale Carvalho. Cleaning these clothes with this chemical solution has shortened  my life by 15 years. Why is it that this person can’t pick them up himself? It’s  always that skinny girl with the lank hair who comes to pick them up and pays  this insane laundry bill that maybe gets me as much as those dudes get from  selling bottled water and suspicious candy at the traffic light on Avenida  Tiradentes on a summer day as sweaty as Ivete Sangalo’s belly on the cover of  that Banda Eva CD. Remember the 90’s? When beauty standards could still be  reached without the unfailing need for surgical intervention – not that I ever got  anywhere so close to being as thin as that.

Is that why Ale Carvalho never comes to pick his clothes up? He just assumes  that the girls who work at laundry shops will never measure up to the former  Gucci models that he’s used to dating? What a dick. First, because that  company’s prints are a pain in the fucking ass to clean, and second, because  former models, who retire at 25 for reaching what old men who call themselves  photographers consider old age, need to make a living somehow – especially  having dropped out of school at 14 to go live in a single room with fifteen other  starving girls. Or does he think that all of them can make a living by being in ads  for b-grade cosmetics that actually look like the pink softener that I once mixed  with the orange remover powder and drank to see if it would get me high before  starting my shift? 

No, unfortunately it did not kill me, and neither did the coronavirus. 

But it finally did kill all the reddish stains on Ale Carvalho’s 100%-cotton boxers,  stains that I’d been trying – and failing – to remove for months. Not that my life  goal is to wash some rich smartass’s briefs, but when you have a job as boring  as mine, any challenge becomes a brightly lit Caldeirão do Huck stage in my  mind. Do you have what it takes to remove hemorrhoids from underwear? If  humiliating poor people is that show’s specialty, then I’m a contestant.  Hemorrhoids are when the veins in your asshole dilate, bleed, and give you  horrible pain. It’s probably caused by the stress of spending the whole day  sitting down, grading thousands of tests or preparing hundreds of class  lectures. I shouldn’t even care, right? I know. Jinho at the dryer tells me so all  the time, but – hemorrhoids. That poor teacher. And his are not just any hemorrhoids. Nope, big ones, the kind that hurt so much that the stains look like  period stains. 

Too intimate? What’s intimate is washing the underwear of a man I’ve never  seen in my life but whom I know everything about. Does Ale Carvalho even  know the name of the person who broke the record for removing the stains left  by his delicate parts in just 30 seconds? Dolores Ribeiro. AKA laundry shop  babe #3. AKA me. Me, who knows that every pocket in his suits has a small  hole that accommodates the tip of the pen he always forgets to cap after  grading a test. That the sleeves of his shirts smell of coconut milk and saffron, 

likely because he accidentally brushed them against the plantain moqueca he  has for lunch every Monday at Digaê Bar & Bahia (not that I’ve googled every  Bahian restaurant in the neighborhood, as if). A moqueca lover unconsciously  sharing his intimacy with me of all people, a runaway Bahian in São Paulo  pursuing a career as a blues singer – and moving up in my imaginary career as  a laundry shop detective. A girl really can’t dream. 

A professor who loves wine, moqueca, and women. Probably a womanizer.  Probably ogles his students. Gesticulates nonstop, explaining who knows what  theory while moving his glass and spilling all of its contents on his Zara blazers  that I personally disagree with because of slave labor and everything – but that  damn store does hit the spot when it comes to making a man sexy. A man  whose hair is down to his shoulders, probably. Brown and curly, probably.  According to the strands I always remove from his suits’ shoulders – they  actually fall out way too much for someone who’s probably in his 30s. Has he  been eating right? With that much nightlife and alcohol consumption he’s getting  little sleep, that’s for sure. Does he take all these women to his flat? Where  does he live? I’ve looked it up in his file. But the only address is from the  Brazilian University of Education. I’ve never heard a more generic name. Maybe  Ale Carvalho wears expensive suits to make up for an apparent academic  failure. And he does make up for it. He gets so many women… Is lank-hair one  of his lovers? Or just an unhappy student who thought she’d be getting ahead in  life when in fact she’s doing chores for her professor who insists on saying  that’s part of her “character building?” The nerve of that guy! 

I ain’t the kind of woman who does things for bros. Unless they pay me. On the  books, Christmas bonus and a 1-month paid leave for me to finish recording my  album that’s been in the making for exactly 4 years. But it’ll be a bop, I swear.  Banger after banger. I sing about a love I’ve never experienced, at least not  outside my mind. But imaginary love is the love that really makes us cum –  because it’s not there to ruin everything after fucking you and showing up with  your cousin for a family lunch. No, the love I’ve never experienced is the perfect  love. It’s the paulistano love, crazy, drunk, fast, it has a time to begin, a middle  and an ending, but no expiration date to the life it lives in your mind’s eternity, in 

that tiny little space specially reserved for the sparks of a summer day. That  keeps you alive on the other 364 days of the year. 

I want to cum so bad. 

It’s been months. I wanna rub Ale Carvalho’s shirt all over my body so bad while  my boss is too busy screaming at Jinho at the dryer. I wanna rub the sleeve that  his twisted fingers go through because he’s never even fucking unbuttoned it.  Rub it on my hair, on my breasts, on my pussy. Slightly slip my fingers through it  as if they were his, and they know exactly where all the A, B, C, D, E, F, G spots  are inside of me. Kiss his collar that smells woody from the night before as well  as of the pleasant sweat of those guys who don’t rush throughthru foreplay. WhoThat know  what they’re doing. Who That like what they’re doing. Who That say to a woman that she’s  the most beautiful they’ve ever – no, not beautiful, hot. The hottest he’s ever  seen. Brutally honest. Ridiculously tempting. In a way that only a guy that wears  a patterned silk tie could be. 

— Dolores, can you help this lady here?! – Lucinha shouts while I finish  hanging the last batch of Ale Carvalho’s clothes on the automatic hanger: his  typical black linen suit, three white chambray shirts, five 100%-cotton heathered  graygrey briefs, and, strangely, a brown nylon gym top that always shows up among  his stuff but that I have no idea of who it belongs to. 

I run to the computer and open the client files. 

– Good morning. Do you have your order number? 

She tells me the numbers; I type them on the computer. The system  automatically finds the order: Ale Carvalho. 1 suit, 3 shirts, 5 briefs, 1 top. I look  at the woman who’s there to pick them up. Thirty-something. Sunglasses. Dark,  curly hair in a ponytail. 100%-cotton black men’s shirt too big for her body type.  Vintage dark blue jeans, probably bought at a classic piece thrift shop, straight,  masculine cut. Imported leather boots, recently shined. Hip clothes for someone  who’s not working on a Monday. What kind of person has a Monday off? That’s  definitely not the tiny lank-haired chick that always comes for Ale Carvalho’s  clothes. 

— Where’s lank-hair?

— Who? – Leather-boots doesn’t get my completely random remark. 

— The girl who always comes to pick up his clothes. 

Leather-boots stares at me, clueless. 

— Look, I’m in a hurry. 

— Of course, of course. My bad. 

I take the clothes from the hanger and put them in a bag on the counter. I stare  at Leather-boots’ impatient expression from behind the counter. It’s now or  never. 

— Sorry if I’m sounding totally pushy, but what’s he like? 

Leather-boots looks at me again, a question mark on her face. She decides to  ignore me and picks up the clothes from the counter. 

— Thank you. 

But I pull the clothes back to me. I can’t miss that chance. 

— Like, what does he say to you that you come here to pick up his clothes? Is it  the Tuesday night dinners? The woody perfume? The pseudo-intellectual way  he speaks in class? What does he teach, by the way? I’d guess some Law shit,  judging by the linen suits. People don’t usually care and buy those polyester  suits that get all soft and whose pants are way too long. 

— Girl, who’s “he”? 

But my heart is pumping too fast for me to hear her. God almighty, I’m gonna  look like a complete perv and will probably lose my job right now but I need to  know. 

— Is it his kiss? 

— Whose kiss? Who is he? 

— Ale Carvalho. 

She looks at me. At the suits. At me again. And some penny I can’t imagine  drops for her.

Leather-boots bursts into an annoyingly delighted laughter. She shows those  big, white teeth framed by juicy lips with no lipstick on whatsoever, no Fuck-Me Red or Nude-Not-Naked. 

Are Ale Carvalho’s lips juicy like that? Do Ale Carvalho and Leather-boots lock  into the perfect union of intrinsically coordinated mouths? That would be  especially surprising, since she does not look like a cute-girly-former-Gucci model. 

— It sure is that — she says, mockingly. 

I immediately blush. She laughs again. I don’t know at what. If I was expecting  clarification of my sudden public humiliation, I’d certainly failed at that. Now I’ve  been promoted from laundry shop detective to laundry shop perv. A girl  definitely shouldn’t dream. 

The machine automatically prints out the receipt. But I don’t move. Jesus… that  was humiliating. Leather-boots notices I’m not retrieving the receipt anytime  soon – that right now I’m paralyzed by my own torturous thoughts. 

She takes out a pen from her shirt pocket. An uncapped pen, whose tip fits  perfectly through a tiny hole in the pocket. She signs the receipt with that damn  smile on that face drawn by some Renaissance artist. A chin so symmetrical with  her high cheekbones and smooth forehead. Who does she think she is? 

— Look, just to make things clear. I’m not going after him or anything. — She  watches me, clearly having fun. — You have to understand that my job is  extremely tedious, except when Jinho gets a piece of satin clothing stuck in the  dryer fan or when I manage to remove a stain from a piece of underwear in  under 30 seconds. So, like, don’t worry. Ale Carvalho only exists and will only  exist in my imagination. 

— Constitutional Law, but you got pretty close — she says, almost impressed. When is she going to stop thinking I’m a total idiot? 

Leather-boots checks the clothes in the bag. 

— Thanks for the briefs. Flow is heavy sometimes.

Flow? What flow? The flow from seasonal hemorrhoids that burst religiously  once a month? 

— As for the shirts. Perfect. 

— Cabernet Sauvignon is a good choice, but tell him he has to be careful if he’s  gonna blah-blah with a glass in his hand. Or maybe don’t. Otherwise, I’m out of  work. 

She laughs, looking curiously at me. 

— You’re very good at this. Soon you’ll be guessing my credit status just from  the brands. 

What does she have to do with Ale Carvalho’s clothing brands? She realizes I didn’t get it and takes her card from her pocket. — How much? 

I wake up from my daze. I look at the screen. I tell her how much. She hands  me a credit card – it has Ale Carvalho’s name on it. 

Wow. They’re intimate. 

I try to seem casual. But I end up sounding like a stalker anyway. 

— How long have you been together? 

— Uh, 31 years, I guess. Thirty if you take out the time spent in my mom’s belly. She’s ironic. I’m totally embarrassed. 

— Oh, God. Ale Carvalho is your dad? I’m sorry. 

She bursts into laughter again, with that smile so beautiful you can’t help but  hate it. I was never one to take notice of a woman’s smile, unless to compare it  to mine. What’s happening to me? And what am I saying that’s so funny as to  render me like some kind of breakthrough natural-born comedian rescued from  this scuzzy job? 

— You’re cute.

Consciously, I know I should have gotten very annoyed at this patronizing  comment. But my body decided to act of its own will and I got chills all over.  Even down to the nonexistent hairs behind my knees. 

— I’ll come pick up my clothes here more often, for sure. 

“My clothes”? 

And then – the penny drops for me. 

Constitutional Law professor. 

Menstrual flow. 

My credit status. 

Leather-boots watches as my face reacts to all these feelings tumbling as if I  were watching a bad TV show – lame and predictable, but you just can’t stop  watching. 

She laughs one last time and turns to leave. 

— See you next Monday, Dolores. 

And that’s how I watched Ale Carvalho walk out of the Raio de Sol laundry  shop. 

Knowing my name. 

Thinking I’m cute. 

Saying she’d come back. 

Never in my life have I wanted so bad to see how a woman would look in a  man’s suit. 

Fuck-Me-Red and Nude-Not-Naked girls, I completely get you on that summer day sparkle. I am you. 

And we are pathetically in love. 

I don’t know when my legs decided to take control of my body even though my  brain screamed at me to stick my head in one of those plastic bags and die by  suffocation under the counter.

I don’t know when they started running towards Ale Carvalho, who by now was  turning the corner, carrying her clothes, heading for Digaê Bar & Bahia located  exactly 100 yards from the laundry shop. 

And how could Ale Carvalho eat a plantain moqueca with her just-washed  clothes on her shoulder if she was incapable of savoring the impeccable Bahian  cuisine without getting completely dirty? I had to save her from herself, and my  legs knew that. 

Or they needed to make up any excuse in order for me to feel less of an idiot. Even though I had never run after a woman in my life. 

Even though I had never wanted to know everything about a woman in my life. Even though I had never wanted a woman’s juicy lips on mine so bad in my life. 

Removedor de manchas.

Esfrega.

Máquina de lavar.

Espera.

Amaciante.

Repete.

Secadora.

Gira, gira, gira.

Fumaceira do vapor.

Olho seco.

Coça, coça, coça.

Aroma de lavanda industrial.

Espirra.

O frasco e eu também.

Cabide.

Ajeita.

Plástico.

Embala.

Etiqueta.

Confere.

Devolve pra cabideira automática que gira a cada cliente que chega, a cada segundo do dia, a cada mancha de vinho na camisa branca, a cada marca de batom no colarinho, a cada risco de giz branco na calça preta justa do terno daquele homem. 

Aquele homem. 

Pelas evidências tenho certeza que é professor. Universitário, pra poder pagar um terno de linho de no mínimo uns mil conto e ter a tranquilidade de manchá-lo de cabernet sauvignon toda terça-feira — já que o paletó com o borrão roxo abstrato sempre chega às quartas. Provavelmente em algum restaurante quatro estrelas daqui no Jardins, acompanhado por mulheres de bocas ora carnudas, ora fininhas; ora Vermelho-Me-Come, ora Nude-Sem-Ser-Pelada. Eu sei porque tenho cada um desses batons que aparecem nos lugares mais obscenos de suas camisas de chambray. Não que eu saia dando pra todo mundo por aí. 

Não que eu tenha oportunidade. 

Não que eu já tivesse visto o rosto desse homem pra justificar a minha (segundo o Jinho da secadora, “intensa”) investigação por quase dois meses inteiros sobre quem, como, onde e porquê. Mas se eu te disser que as roupas sujas de alguém contam mais sobre ela do que um jantar à luz de velas (sempre tem cera na calça dele) você acreditaria em mim? Não que eu já tivesse jantado à luz de velas. Só se contar quando faltou luz no carrinho de pizza-cone da minha tia.

Ale Carvalho. Por que o dono dessas peças que eu trato com uma solução de químicos que provavelmente diminuíram a minha expectativa de vida uns 15 anos nunca veio buscar as suas roupas pessoalmente? É sempre aquela garota magrinha de cabelos escorridos que vem buscar e pagar a conta absurda dessa lavanderia que me remunera talvez tão bem quanto aqueles carinhas que vendem água e doces de origem duvidosa no semáforo da avenida Tiradentes em um dia de verão tão suado quanto a barriga da Ivete Sangalo naquela capa do CD da Banda Eva. Anos 90, lembra? Quando o padrão de beleza ainda podia ser alcançado sem ser exclusivamente através de intervenção cirúrgica — não que algum dia eu estivesse perto de ser magra daquele jeito. 

Será que é por isso que Ale Carvalho nunca vem retirar as suas próprias roupas? Ele simplesmente assume que as garotas que trabalham em lavanderias jamais estarão à altura das ex-modelos fotográficas da FARM que ele costuma sair? Que idiota. Primeiro porque é um cu lavar as estampas daquela marca e segundo porque ex-modelos depois que se aposentam aos 25 por terem entrado na terceira idade segundo homens da terceira idade que se dizem fotógrafos precisam se sustentar de alguma forma — ainda mais tendo abandonado a escola aos 14 anos pra morar em um quarto com outras 15 garotas passando fome. Ou ele acha que todas elas conseguem se sustentar só fazendo publi de cosméticos B que mais parecem o amaciante rosa que certa vez pré-expediente eu misturei com o pó-laranja-tira-tudo e bebi pra ver se dava algum barato? 

Não, infelizmente não me matou e nem o coronavírus.

Mas finalmente matou todas as manchas avermelhadas das cuecas boxer 100% algodão de Ale Carvalho que eu venho tentando tirar — e falhando — há meses. Não que o meu objetivo pessoal seja lavar cueca de homem rico e metido a intelectual, mas quando se tem um trabalho tão entediante quanto o meu, qualquer desafio se torna um palco de holofotes do Caldeirão do Hulk na minha cabeça. Tens o que é preciso para tirar hemorróidas de cuecas? Se humilhar pobre é a especialidade desse programa então eu tô no quadro certo. Hemorróidas são quando as veias do cu dilatam, sangram, e dão uma dor horrorosa. Provavelmente causado pelo stress de ficar sentado o dia inteiro corrigindo milhares de provas ou preparando centenas de aulas. Eu nem deveria ligar, né? Eu sei. O Jinho da secadora vive me dizedo isso, mas — hemorróidas. Coitado desse professor. E não é qualquer tipo de hemorróida que ele tem. É das graúdas, que machucam tanto que parece até mancha de menstruação.  

Íntimo demais? Intimo é lavar as cuecas de um homem que eu nunca vi na vida mas que sei absolutamente tudo sobre. Será que Ale Carvalho sequer sabe o nome de quem bateu o récorde de tirar as manchas das suas partes íntimas fragilizadas em apenas 30 segundos? Dolores Ribeiro. Vulgo a gata da lavadora número três. Vulgo eu. Que sei que todos os bolsos dos seus ternos têm um furinho que acomoda a ponta da caneta que ele sempre deve esquecer de fechar depois de corrigir uma prova. Que as barras das mangas de suas camisas têm um aroma de leite de coco com açafrão que ele deve acidentalmente encostar na moqueca de banana da terra que almoça todas as segundas-feiras no Digaê Bar & Bahia (não que eu tenha pesquisado todos os restaurantes baianos da região, longe de mim). Um amante de moqueca inconscientemente compartilhando suas intimidades logo comigo, uma baiana fugitiva em São Paulo tentando uma carreira como cantora de blues — e subindo na carreira imaginária de detetive de lavanderia. Uma garota não pode mesmo sonhar. 

Um professor fã de vinhos, moqueca e mulheres. Um sedutor, provavelmente. Cobiçador de alunas, provavelmente. Que gesticula sem parar, explicando as teorias de sabe-se-lá-o-quê enquanto mexe a sua taça que derruba todo o conteúdo nos blazers Zara que eu pessoalmente discordo por conta do trabalho escravo e tudo mais — mas essa maldita loja realmente acerta quando o intuito é deixar um homem sexy. Um homem de cabelos na altura dos ombros, provavelmente. Castanhos e cacheados, provavelmente. Segundo os fios que eu sempre tiro das ombreiras dos ternos — que caem até demais pra alguém que provavelmente tem lá os seus 30 e poucos anos. Será que ele está se alimentando direito? Com esse tanto de noitada e consumo de alcool com certeza ele tem dormido pouco. Será que ele leva todas essas mulheres para o seu apartamento? Onde será que ele mora? Eu já procurei na sua ficha. Mas ali só conta o endereço da Universidade Brasileira de Ensino. Nunca ouvi nome tão genérico. Talvez  Ale Carvalho use ternos caros pra compensar o seu provável fracasso acadêmico. E consegue. Pra pegar tanta mulher… Será que a cabelo-escorrido é uma de suas amantes? Ou simplesmente uma infeliz aluna que achou que estaria crescendo na vida mas na verdade está realizando as tarefas domésticas do seu professor que insiste em dizer que são parte da sua “formação de caráter”? Que cara folgado. 

Eu não sou mulher de fazer coisa pra macho. A menos que ele me pague. Com carteira assinada, décimo terceiro e 1 mês de férias que eu uso para terminar de gravar o meu álbum que está em produção faz exatamente 4 anos. Mas ele será um estouro, eu juro. É hit depois de hit. Eu canto sobre um amor que nunca vivi, pelo menos não fora da minha cabeça. Mas os amores imaginários são os que realmente nos fazem gozar — já que não estão ali pra estragar tudo depois de te comer e aparecer com a sua prima no almoço de família. Não, o amor que eu não vivi é o amor perfeito. É o amor paulistano, louco, bêbado, rápido, com hora de começo, meio e fim, mas sem prazo de validade pra morar na eternidade da sua mente, naquele espacinho especialmente destinado às faíscas de um dia de verão. Que te mantém viva os outros 364 dias do ano.

Eu quero tanto gozar. 

Já fazem meses. Quero tanto esfregar as camisas de Ale Carvalho por todo o meu corpo enquanto minha chefe está ocupada demais gritando com Jinho da secadora. Quero roçar naquela manga por onde seus dedos se enfiam todos entrelaçados porque ele nunca sequer abriu aquele maldito botão do punho. Roçá-la nos meus cabelos, nos meus seios, na minha xota. Enfiar meus dedos de levinho como se fossem os dele, que sabem exatamente todos os pontos A, B, C, D, E, F, G de dentro de mim. Beijar seu colarinho com aquele cheiro amadeirado da noite anterior misturado com um suor gostoso, de quem não se apressa nas preliminares. De quem sabe o que faz. De quem gosta do que faz. De quem diz pra uma mulher que ela é mais linda que ele já— linda não, gostosa. A mais gostosa que ele já viu. Brutalmente honesto. Ridiculamente tentador. De uma maneira que só um cara que usa gravata de seda estampada poderia ser. 

— Dolores, atende aqui a cliente! — grita Lucinha enquanto eu termino de botar a última leva de roupas do Ale Carvalho na cabideira automática: seu típico terno preto de linho, três camisas brancas de chambray, cinco cuecas cinza mescla 100% algodão e, curiosamente, um top de ginástica marrom de poliamida que sempre aparece nas coisas dele mas que eu não faço ideia de quem seja.

Corro para o computador do balcão e abro a ficha de clientes.

— Bom dia. Você tem o número do pedido?

Ela me dita os números, que eu preencho no computador. Automaticamente, o sistema encontra o pedido realizado: Ale Carvalho. 1 terno, 3 camisas, 5 cuecas, 1 top. Eu olho para a mulher que veio retirar. 30 e poucos anos. Óculos escuros. Cabelos castanhos e cacheados presos em um rabo de cavalo. Camiseta 100% algodão preta e masculina, grande demais para o seu biotipo. Calças jeans azul-escuro vintage, provavelmente compradas em um brechó de peças clássicas, de modelagem reta e masculina. Coturnos de couro importado recentemente encerados. Roupa descolada de quem não está trabalhando em plena segunda-feira. Que tipo de pessoa tem folga de segunda-feira? Definitivamente, essa não é a garota mirradinha de cabelos escorridos que sempre vem buscar as roupas de Ale Carvalho.

— Cadê a cabelo-escorrido?

— Quem? — A Coturno-de-couro não entende a minha observação completamente aleatória.

— A menina que sempre vinha pegar as peças dele.

A Coturno-de-couro me encara, sem entender nada.

— Olha, eu tô com pressa.

— Claro, claro. Foi mal.

Eu tiro as roupas do cabideiro e as coloco com cuidado em uma sacola em cima do balcão. Eu encaro a expressão impaciente da Coturno-de-couro por trás do balcão. É agora ou nunca.

— Me desculpa se eu soar totalmente intrometida, mas como ele é?

A Coturno-de-couro me olha de novo, cara de interrogação. Decide me ignorar e pega as roupas do balcão. 

— Obrigada.

Mas eu puxo as roupas de volta pra mim. Não posso perder essa oportunidade.

— Tipo, o que ele te diz pra você vir até aqui pegar as roupas dele? São os jantares às terças? O perfume amadeirado? O jeito pseudo-inteligente que ele fala nas aulas? Que são do quê, aliás? Eu chuto alguma parada na área do direito, pelos ternos de linho. Geralmente as pessoas não se importam e compram aqueles de poliéster que fica todo molenga sobrando nas pernas, sabe?

— Garota, ele quem?

Mas meu coração está pulsando demais para ouví-la. Meu deus do céu, eu vou parecer uma completa tarada e provavelmente vou perder o meu emprego agora mas eu preciso saber.

— É o beijo dele?

— Dele quem?

— Do Ale Carvalho.

Ela olha para mim. Para os ternos. Para mim de novo. E alguma ficha imaginária que eu não faço ideia qual seja cai para ela. 

A Coturno-de-couro cai em uma gargalhada irritantemente deliciosa. Deixa à mostra aqueles dentes grandes e brancos, emoldurados por uns lábios carnudos sem nenhum tipo de batom nem Vermelho-Me-Come e nem Nude-Sem-Ser-Pelada. 

Será que os lábios de Ale Carvalho são carnudos assim? Será que ele e Coturno-de-couro combinam em uma união perfeita de bocas milimetricamente coordenadas? O que seria especialmente surpreendente porque ela não tem o estilo menininha-fofinha-ex-modelo-da-FARM.

— Com certeza é. — Ela diz, debochada.

Eu fico imediatamente vermelha. E ela ri de novo. Não sei do quê. Se eu estava esperando esclarecimentos com a minha súbita humilhação pública eu certamente falhei na missão. Agora eu fui promovida de detetive-da-lavanderia a tarada-da-lavanderia. Definitivamente, uma garota não pode sonhar.

A máquina imprime automaticamente o certificado de recebimento das peças. Mas eu não me movo. Jesus… que humilhação. A Coturno-de-couro percebe que eu não vou pegar aquele papel tão cedo — que no momento estou congelada por meus próprios pensamentos torturantes.

Ela tira uma caneta do bolso da camisa. Uma caneta destampada, cuja ponta cabe perfeitamente em um pequeno furo no fundo do bolso. E assina o certificado com aquele maldito sorriso pendurado em seu rosto desenhado por um artista renascentista de tão simétrico que é seu queixo em comparação às saltadas maçãs do seu rosto e sua testa de pele macia. Quem ela pensa que é?

— Olha, só pra esclarecer. Eu não vou atrás dele nem nada.  — Ela me observa, claramente se divertindo. — Você tem que entender que meu trabalho é extremamente tedioso tirando quando o Jinho prende uma peça de cetim na turbina da secadora ou eu consigo tirar mancha de cueca em menos de 30 segundos. Então assim, fica tranquila. Ale Carvalho existe e existirá só na minha imaginação.

— É Direito Constitucional, mas você chegou muito perto. — Ela diz, quase impressionada. 

A que horas será que ela vai parar de me achar uma completa imbecil?

A Coturno-de-couro confere as roupas dentro da sacola. 

— Valeu pelas cuecas. Às vezes o fluxo vem muito forte.

Fluxo? Que fluxo? Da quantidade de hemorróidas sazonais que estouram religiosamente uma vez por mês? 

— E as camisas. Perfeitas.

— Cabernet Sauvignon é uma boa escolha mas avisa que tem que tomar cuidado na hora de ficar no blá-blá-blá com a taça na mão. Ou não. Se não eu não tenho mais emprego.

Ela ri, me olhando com curiosidade.

— Você é muito boa nisso. Daqui a pouco vai adivinhar até o meu status do SERASA só pela marca da roupa.

O que ela tem a ver com a marca da roupa do Ale Carvalho?

Ela percebe que eu não entendi seu comentário e tira o cartão do bolso.

— Quanto deu tudo?

Eu acordo do meu transe. Olho para o computador. Digo o valor. E ela me entrega um cartão de crédito — com o nome de Ale Carvalho.

Uau. Eles são íntimos.

Tento parecer casual. Mas acabo soando uma stalker mesmo.

— Há quanto tempo vocês estão juntos?

— Ah, acho que uns 31 anos. 30 se você descontar o tempo na barriga da minha mãe.

Ela é irônica. Eu fico absolutamente envergonhada.

— Meu deus. Ale Carvalho é seu pai? Me desculpa.

Ela gargalha novamente com aquele sorriso tão lindo que dá ódio. Nunca que eu fui reparar em sorriso de mulher se não fosse pra comparar com o meu. O que tá acontecendo comigo? E o que eu tô falando de tão comédia que me faria ser descoberta como uma comediante nata e resgatada desse trabalho insalubre?

— Você é uma graça.

Conscientemente eu sei que eu deveria ter ficado muito irritada com esse comentário paternalista. Mas meu corpo decidiu agir por conta própria e ficou todo arrepiado. Até os pelos inexistentes de trás dos meus joelhos.

— Com certeza vou buscar minha roupa aqui mais vezes.

“Minha roupa”? 

E então — a ficha cai para mim.

Professora de Direito Constitucional.

Fluxo menstrual. 

Meu status do SERASA.

A Coturno-de-couro assiste à minha cara reagindo a todas essas cambalhotas de sentimentos como se estivesse assistindo à uma série ruim na Netflix — ridícula e previsível, mas  impossível parar de ver.

Ela dá uma última risada e se vira para ir embora.

— Até segunda que vem, Dolores.

E foi assim que eu vi Ale Carvalho sair da lavanderia Raio de Sol. 

Sabendo o meu nome. 

Me achando uma graça.

Dizendo que iria voltar.

Nunca na minha vida eu quis tanto ver como uma mulher ficava com um terno masculino.

Garotas Vermelho-Me-Come e Nude-Sem-Ser-Pelada, eu entendo vocês completamente nessa faísca de um dia de verão. Eu sou vocês.

E somos pateticamente apaixonadas.

Eu não sei quando minhas pernas decidiram tomar o controle do meu corpo mesmo meu cérebro gritando para eu enfiar a minha cabeça em algum daqueles plásticos de proteção e morrer sufocada embaixo do balcão. 

 Eu não sei quando elas saíram correndo em direção à Ale Carvalho, que agora já estava virando a esquina com as roupas nas mãos, rumando ao restaurante Digaê Bar & Bahia que ficava a exatos 100 metros da lavanderia. 

 E como Ale Carvalho poderia comer uma moqueca de banana da terra com suas roupas recém lavadas no ombro sendo que ela era incapaz de saborear a impecável culinária baiana sem se sujar por completo? Eu tinha que salvá-la de si mesma, e minhas pernas sabiam disso. 

Ou precisavam inventar qualquer desculpa pra eu me sentir menos inconsequente. 

Por mais que eu nunca tivesse corrido atrás uma mulher na vida.

Por mais que eu nunca quisesse tanto saber tudo sobre uma mulher na minha vida.

Por mais que eu nunca quisesse tanto os lábios carnudos de uma mulher sobre os meus na minha vida.

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