*Mini-série / Récit

Que reste-t-il du rêve américain ?

Toutes identités confondues

30/04/2026

En banlieue parisienne, Walid a grandi avec les images contradictoires des États-Unis : les séries, le hip-hop et les récits où les outsiders pouvaient encore triompher, mais aussi les guerres d’une puissance interventionniste qui s’invitaient sur l’écran familial. À Atlanta, “Black Mecca” et nouveau carrefour migratoire, il confronte cet imaginaire à l’Amérique d’aujourd’hui. Son séjour coincide avec le retour de Donald Trump au pouvoir, dans un pays plus que jamais divisé sur ce qu’il prétend incarner. Une série documentaire bilingue portée par une question : que reste-t-il du rêve américain - et pour qui a-t-il jamais existé ?


Prologue : Autoportrait à l’Amérique


Avant d’être un pays, l’Amérique a d’abord été pour Walid une lumière. Projetée dans ses yeux d’enfant par un téléviseur à tube cathodique aux bords blancs, dans le Val-de-Marne.

Ce n’était pas encore un rêve. Mais c’était déjà un refuge : les séries, des dessins animés, les héros ordinaires à qui l’on donne un jour la chance de se révéler.
Puis, un soir de janvier 1991, le programme s’interrompt. Bagdad apparaît à l’écran, la guerre entre dans le salon familial, et l’histoire cesse d’avoir une seule version.

Plus tard viendront le hip-hop, l’après-11-Septembre, un premier voyage à New York, Obama, Trump. Et une question qui ne l’a jamais quitté depuis : que reste-t-il de cette lumière d’enfance que Walid avait prise pour l’Amérique ?

Ecoutez aussi sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et sur votre plateforme préférée.


Episode #1 – Black America



Michael Jackson, Michael Jordan, Michael Johnson. Puis Martin Luther King, Malcolm X, le hip-hop et Boyz n the Hood. Adolescent dans les années 90, l’Amérique qui parle le plus à Walid est celle des icônes noires. Des voix, des corps, une allure, une énergie, mais surtout une manière d’habiter le monde : transformer le style en langage, la colère en puissance, la mémoire en contre-récit et la lutte en imaginaire mondial.

À Atlanta, face à l’écrivain, curateur et historien T.K. Smith, et à l’artiste visuel et universitaire Fahamu Pècou, une question s’impose : que signifie porter une culture célébrée partout, quand l’égalité réelle demeure contestée chez soi ?

De la Grande Migration à l’essor d’Atlanta comme « Black Mecca », d’Obama au retour de Trump, Black America explore le paradoxe d’une culture noire au coeur de l’imaginaire du rêve américain – mais toujours tenue à distance de sa promesse.

Ecoutez aussi sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et sur votre plateforme préférée.


Episode #2 – Le droit d’appartenir



Au collège, en banlieue parisienne, Walid a appris que l’Amérique était un melting pot : un pays où venir d’ailleurs n’était pas un problème, mais une part du récit – quelque chose dont on pouvait même être fier.
Pendant longtemps, une idée semblait suffire à rendre cette promesse réelle : le droit du sol.
Né aux Etats-Unis, élevé aux Etats-Unis, Américain. Point final.

Mais appartenir, c’est autre chose. C’est le moment où l’on sent que sa voix compte – où l’on participe soi-même à définir le « nous ».

À Atlanta, Walid rencontre Gyun Hur, artiste et éducatrice coréenne-américaine, et Amenah Amran, thérapeute palestino-américaine spécialisée dans le trauma.
Toutes deux ont grandi avec des attentes diffuses, parfois contradictoires, sur ce que le choix de l’Amérique par leurs familles signifiait.
Aujourd’hui, elles exercent dans un climat politique qui traverse leur travail — et parfois le heurte de plein fouet. Elles sont aussi mères, désormais confrontées à cette question : que transmettre, quand appartenir ressemble à une autorisation délivrée par d’autres ?

Ecoutez aussi sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et sur votre plateforme préférée.

Episode #3 – Nuevo South



Donnez-moi vos pauvres, vos exténués, qui aspirent à vivre libres.
Ce sont les mots gravés dans le cuivre au pied de la Statue de la Liberté. Aux États-Unis, rien n’a jamais été garanti — Walid en a fait l’expérience à New York en 2009, quand la crise financière a mis fin à son visa.

Aujourd’hui, cette promesse ressemble à une lettre morte. Descentes de l’ICE à l’aube, familles séparées, Garde nationale dans les rues. La criminalisation des migrants n’a plus rien d’exceptionnel. C’est une politique assumée.

Les Latinos – première minorité du pays, force économique décisive dans les swing states – vivent entre exploitation, menace permanente d’expulsion et besoin d’être vus.

À Atlanta, Walid rencontre deux femmes qui racontent cette réalité de l’intérieur.

Gigi Pedraza a quitté le Pérou, vécu à Chicago et Boston, avant de s’installer à Atlanta, ville emblématique des droits civiques, fière de son « Atlanta way », cet art de la concorde. Elle a fondé le Latino Community Fund Georgia quand elle a réalisé que sa communauté était partout dans l’État – et absente de son récit.

Jennifer – un pseudonyme qu’elle a choisi – a traversé la frontière depuis le Mexique enfant, sans papiers. Elle a appris tôt à naviguer dans un système conçu pour la maintenir en marge, jusqu’à ce que Freedom University l’aide à trouver une brèche.

Ensemble, elles donnent voix à une réalité qui reste largement non documentée, comme tant de ceux qui la vivent

Ecoutez aussi sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et sur votre plateforme préférée.

Episode #4 – Le pari du Nous



Dans les teen movies américains, une lettre d’admission à la fac peut tout changer. Pendant des décennies, cette scène a porté la promesse d’un pays : l’éducation comme moyen de s’en sortir, garant d’ascension sociale.


Aujourd’hui, cette idée vacille. La dette étudiante plombe des vies. Les programmes de diversité et d’inclusion sont démantelés, et le diplôme ne garantit plus ni la possibilité de vivre mieux que ses parents, ni même de décrocher un emploi décent.


Pourtant, l’éducation n’a jamais été seulement une affaire de diplôme. C’est aussi ce qu’un pays transmet, ou n’arrive plus à transmettre.


Pour explorer cette tension, Walid est allé à la rencontre de deux personnes qui la vivent à la fois sur le plan personnel et professionnel.

À Atlanta, au printemps 2025, il échange avec Elizabeth Elango, alors directrice du Global Village Project, une école pour jeunes filles réfugiées. Née au Cameroun, façonnée par deux continents, elle accueille des élèves arrivées avec leurs histoires de guerre et d’exil, et s’efforce de faire une place à la joie et à l’émerveillement dans la journée d’école.

À New York, il rencontre Amir Moosavi, alors professeur assistant à Rutgers Newark. Fils d’un père iranien et d’une mère américaine, il a grandi à Milwaukee à une époque où la guerre du Golfe, puis le 11 septembre, rendaient des prénoms comme le sien plus lourds à porter. Il enseignait à un moment où les fractures du pays affleuraient sur les campus.

Walid clôt la série par une note personnelle un an après ces conversations.

Ecoutez aussi sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et sur votre plateforme préférée.

Aidez-nous à vous raconter le monde

Frictions lance son club : en soutenant Frictions, vous faites vivre une communauté d’auteurs et de journalistes qui racontent le monde par l’intime !

Nous soutenir


Que reste-t-il du rêve américain? est une mini-série documentaire bilingue écrite et réalisée par Walid Hajar Rachedi, avec le soutien éditorial et de production de Ryad Maouche et de Laura Taouchanov.
Cette série a été réalisée dans le cadre d’une résidence Villa Albertine à Atlanta, au printemps 2025. Merci à l’équipe de la Villa Albertine pour son accueil et pour son accompagnement.

Explorer

Récit 15 min.

Rahn ou les géographies épistolaires d'un nom

Hensli et Pamela ne se connaissent pas en personne, mais ils partagent un nom de famille : Rahn. Deux écrivains dont les familles ont émigré au Venezuela il y a un siècle, mais dont les chemins ont pris des directions différentes. Lui vit à Berlin ; elle est restée à Caracas. Dans cette correspondance, ils échangent des idées sur la littérature, la mémoire et l’incertitude en des temps où les extrêmes gagnent du terrain.

lire

Nos enfants après nous

À travers des conversations avec de jeunes pères, fils d’immigrés ou ayant des attaches ailleurs, Walid interroge la transmission dans un pays fracturée.

écouter
Récit 26 min.

Reprendre racine

Jean-Baptiste explore sa quête identitaire entre la mère patrie et la terre-mère, mêlant effervescence d’avant-guerre, blessures historiques et renouveau cambodgien.

écouter